La transition écologique est devenue la petite musique de fond d’un système économique mondialisé. Selon Guillaume Pitron, cette transition devra se positionner dans la « guerre des métaux » qui fait rage. Son livre contribue à enrichir une littérature critique qui analyse en profondeur l'infrastructure énergétique et matérielle de nos sociétés capitalistes.

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A propos de Guillaume Pitron, La Guerre des Métaux : la face cachée de la transition énergétique et numérique, Les liens qui libèrent, Paris, 2018

La transition écologique est devenu la petite musique de fond d’un système économique mondialisé. Selon Guillaume Pitron, cette transition devra se positionner dans la « guerre des métaux » qui fait rage. Son livre contribue à enrichir une littérature critique qui analyse en profondeur l’infrastructure énergétique et matérielle de nos sociétés capitalistes.

Fruit de recherches menées dans douze pays différents sur une période de six ans, l’ouvrage de Guillaume Pitron est une enquête passionnante1 sur le secteur de l’extraction et l’utilisation des métaux et terres rares, et met le doigt sur les désastres écologique et économique dans lesquels nous entraîne le développement massif du numérique et des énergies renouvelables. S’il ouvre quelques perspectives stratégiques, économiques et politiques, il ressort cependant, tout au long de la lecture, un sentiment d’acceptation des évolutions économiques actuelles. Modèle qu’il ne faudrait pas remettre en cause mais simplement corriger à la marge afin de permettre à l’extractivisme de perdurer tout en limitant les dégâts.

Métaux et terres rares : quelles applications ?

Les métaux rares regroupent des métaux non-ferreux tels que le tungstène, le platine, le vanadium et autre antimoine. Ils sont souvent associés à d’autres métaux plus concentrés. Les terres rares quant à elles, regroupent le scandium, l’yttrium et quinze lanthanides (famille d’éléments incluant le lanthane et quatorze autres aux propriétés chimiques proches). Ces dix-sept éléments se trouvent naturellement mélangés dans un minerai et doivent ensuite subir un raffinage pour être séparés.

Découverts progressivement à partir de la fin du XVIIIème siècle, ces matériaux ont fait l’objet d’applications tardives, à partir des années 70 dans les premiers tubes cathodiques couleurs. Leur usage s’est depuis généralisé : des pierres à briquets aux smartphones en passant par les objets connectés, lampes à gaz, catalyseurs, composants électroniques, micro-moteurs électriques des rétroviseurs et autres brosses à dents… on les retrouve partout et notamment dans les fameux aimants permanents (néodyme et praséodyme, 10 fois plus puissants que les aimants basiques en ferrite) des éoliennes, TGV, voitures électriques et autres magnets de frigo. Autant dire que les utopies techno-énergivores des gourous du high-tech (Jeremy Rifkin et autres Elon Musk) en sont plus que gourmandes même s’il est parfois possible de s’en passer comme le fait Enercon pour les génératrices de ses éoliennes ou Renault pour les moteurs de ses voitures électriques (p.35). La fabrication des seuls PC et smartphones absorbent déjà de l’ordre du quart de la production mondiale de cobalt, tandis que les faibles teneurs en minerais des métaux rares font que la production d’un seul kg d’objet numérique a généré entre 500 et 1000 fois son poids en déchets miniers (p.66). Au bout de la chaîne, les déchets numériques atteignent déjà 23 kg par an et par habitant en France et dans les pays occidentaux, leur quantité augmente de 20% par an (p.71), alors même que les techniques de recyclage sont aujourd’hui balbutiantes et la perspective d’atteindre une rentabilité économique illusoire. Par conséquent ces matériaux ont souvent des taux de recyclage inférieurs à 1%… Alors même qu’un recyclage techniquement viable (mais écologiquement presque aussi impactant que la production primaire) n’a aucune chance d’aboutir sans un renchérissement des matières premières (p.76-77). Face à l’épuisement probable de certains minerais, les décharges numériques d’aujourd’hui seront probablement les mines de demain (p.74). Enjeu que semble avoir bien intégré le Japon, lequel a commencé à accumuler les déchets numériques et donc les tonnes de matériaux stratégiques sur son sol. Au contraire de la plupart des pays occidentaux qui exportent aujourd’hui leurs poubelles vers des pays pauvres (continent Africain en tête) pour des motifs souvent douteux (p.79).

Ces matériaux n’en sont pourtant pas moins indispensables aux applications militaires tels que les outils de télécommunications, munition anti-blindages, armes autonomes ou guidage de missiles longue portée (p.188-189). Une dépendance que semble avoir bien compris Donald Trump et son administration, dont les premières mesures protectionnistes dans le domaine montrent que les Etats-Unis commencent à avoir intégré les enjeux stratégiques de ces minerais et technologies, faisant au passage hurler de colère les commentateurs libéraux européens. L’enjeu est d’autant plus stratégique que la Chine est désormais le leader mondial de toute la chaîne de production des produits à base de terres rares : des mines aux industries high-tech de numérique et d’aimants permanents elle en contrôle l’approvisionnement mondial (p.118-119 ; 147-148 ; 154-155).

La nouvelle géopolitique de l’énergie

Si les pays industrialisés tels que la France ou les Etats-Unis accueillaient par le passé l’ensemble de la chaîne de valeur de la production et l’industrialisation des matériaux rares, ceux-ci ont progressivement fermé ou délocalisé leurs mines (par exemple la plus grande mine de Terres Rares du monde, située à Moutain Pass en Californie), puis leurs centres de raffinage (usine Rhône-Poulenc de la Rochelle), puis leurs industries high-tech (usine d’aimants permanents Magnequench aux Etats Unis) vers la Chine (p.151). Les lois environnementales, le libre-échange et la stratégie Chinoise de dumping ayant eu raison de ces activités dans les pays occidentaux. Ce sont ainsi environ 900 000 emplois dans ce domaine qui ont été délocalisés de la France vers l’Asie ces quinze dernières années (p.183).

La Chine a bien compris le caractère stratégique de ces matériaux et technologies et s’est peu à peu imposée comme le leader mondial en la matière. Cette position quasi-monopolistique couplée à une stratégie offensive lui permet de peser dans les relations internationales et d’influer sur les cours mondiaux pour empêcher l’émergence de toute concurrence (p.122-123). Il est fort probable selon une spécialiste Chinoise interrogée par Guillaume Pitron, que dans les années qui viennent leurs exportations de terres rares cessent, mettant ce qui reste de l’industrie mondiale des matériaux stratégiques entièrement à la merci de leurs homologues Chinois (p.137). Ce « nationalisme minier », selon la formule de l’auteur, se rencontre d’ailleurs de plus en plus sur tous les minerais à travers le monde, de l’Afrique du Sud à l’Indonésie en passant par le Canada ou l’Argentine.

Le taux de croissance de l’utilisation des métaux et terres rares est de l’ordre de 3% par an, ce qui entraînera un doublement de leur extraction d’ici une trentaine d’années si rien n’est fait (p.211). Car en parallèle de l’explosion de la production de produits numériques, le développement fulgurant des énergies renouvelables entraîne lui aussi une utilisation croissante de métaux par kWh produit (p.83). La transition énergétique à consommation constante pourrait donc bien se révéler impossible pour cause de quantité limitée de minerais à extraire ainsi que de leurs impacts environnementaux (p.216). L’auteur rappelle que l’industrie minière est la 2nde plus polluante du monde derrière l’industrie du recyclage du plomb (p.54) (qui a dit que le recyclage était toujours vertueux?), mais devant les teintureries, les décharges industrielles, les tanneries (clin d’œil aux acheteurs de cuir considéré comme « naturel » donc propre), l’industrie pétrochimique ne figurant même pas dans les dix plus impactantes.

Problématique supplémentaire : tout comme dans le domaine pétrolier, le taux de concentration des métaux et terres rares dans les mines a tendance à diminuer, entraînant donc un accroissement de la quantité d’énergie consommée pour les extraire. (p.220)2. Ainsi, une mine que l’on considérait comme pauvre dans les années 80 est devenue tout à fait intéressante à exploiter aujourd’hui (p.222). En guise d’exemple l’auteur cite l’extraction de cuivre au Chili, dont la consommation énergétique a augmenté de 50% en neuf ans alors que la production du métal rouge n’a augmenté que de 14% (p.221) dans le même temps…. Nous nous retrouvons donc en proie à un effet ciseaux : la production d’énergie (et notamment de renouvelables) entraîne une augmentation de la consommation de métaux, qui eux-mêmes nécessitent une plus grande quantité d’énergie pour être extraits. Réduisant ainsi peu à peu les quantités de matériaux et d’énergie disponibles pour le reste des activités humaines. Jusqu’à quand ce phénomène pourra-t-il se poursuivre (p.222) ?

C’est dans ce contexte que nous voyons peu à peu se développer de nouvelles industries extractives : aller exploiter le fond des océans, la surface de Mars ou des astéroïdes (p.241-242 ; 246-247). La civilisation capitaliste pourrait ainsi éviter la pénurie pour les décennies voire le siècle à venir, mais au prix d’une accélération de la dégradation des écosystèmes déjà bien avancée.

Le renouveau minier Français comme horizon ?

L’industrie minière en France nous paraît aujourd’hui une activité du passé, mais elle est pourtant toujours en activité discrète. Ainsi l’hexagone est le premier producteur mondial d’hafnium (p.275) un métal qui rentre notamment dans la composition des barres de contrôle de la fission nucléaire des centrales Françaises. Envisager un renouveau de cette industrie minière peut sembler quasi-hérétique. Pourtant, selon l’auteur, il n’y aurait là que des avantages.

Il faut d’abord regarder dans le passé, quand la France était une réelle puissance minière grâce à un sous-sol riche et diversifié où s’y trouvent la quasi-totalité des matériaux rares et stratégiques dans des proportions exploitables. Le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) était en pointe dans le domaine de l’exploration avant l’abandon de la politique nationale minière pour les raisons citées précédemment à la fin des années 90 (p.110-111). La situation semble cependant se renverser, sous une forme désormais entièrement privée comme l’a confirmé l’abandon du projet de création d’une Compagnie Nationale Minière Française par Emmanuel Macron (p.232-233).

Cette relance de la production minière nationale paraît d’abord receler un intérêt stratégique évident : ne plus dépendre des importations pour une bonne part des métaux et terres rares permet une plus grande indépendance économique, diplomatique et a l’intérêt non-négligeable de moins avoir à envoyer l’armée dans des pays étrangers pour sécuriser des approvisionnements, une pratique largement répandue depuis des lustres. Les retombées économiques (endettement largement dû aux importations de ressources énergétiques et minières) et sociales (des centaines de milliers d’emplois recréés dans un monde ouvrier laminé par plusieurs décennies de délocalisations) n’en sont pas moins intéressantes (p.236).

Du point de vue écologique ensuite, au-delà de la réduction du transport international de minerais par millions de tonnes, l’auteur montre l’intérêt psychologique de la relocalisation de l’industrie minière. Car en délocalisant les mines, « l’Occident a fait le choix de délocaliser sa pollution » (p.102), et développé la fausse illusion d’un modèle économique « propre », alors que notre consommation de matériaux n’a jamais été si élevée. Nous avons ainsi délocalisé la pollution et les catastrophes sanitaires et humaines en fermant les yeux sur les conditions d’exploitation de nos importations (p.47 ; 51). En clair et selon les mots de l’auteur, « la mine responsable chez nous vaudra toujours mieux que la mine irresponsable ailleurs » (p.237).

Le pari étant qu’avec la densité du pays et le très faible niveau d’acceptation de la pollution par la population, la réouverture des mines en France ne saurait donc se faire que sur des conditions d’exploitation drastiques tant sur le plan environnemental (retraitement des déchets et effluents) que social (conditions de travail et revenus décents).

Cette exemplarité ne pourrait alors selon l’auteur que faire tâche d’huile sur les autres pays producteurs, en les obligeant eux-aussi à tirer les normes vers le haut pour regagner les parts de marché. Cette affirmation nous semble ici un peu naïve puisque dans un processus de concurrence libre (et donc faussée), le moins-disant dispose toujours d’un avantage comparatif qui lui permet d’écraser son concurrent. En clair, il nous semble illusoire d’imaginer voir se développer un secteur minier compétitif face aux Chinois tout en s’imposant des conditions d’exploitation drastiques, puisque c’est justement la raison de la délocalisation progressive de l’industrie minière. Encore une fois, sans abandon du dogme libre-échangiste, aucun renouveau industriel et amélioration écologique n’est à attendre en France.

Enfin, l’avenir de l’industrie minière mondiale étant, selon le scénario business-as-usual, situé au fond des océans, l’auteur nous apprend que la France est particulièrement bien placée pour se positionner sur ce secteur émergent, puisque l’hexagone dispose du 2nd domaine maritime mondial (p.243). On peut cependant se demander si un tel domaine maritime ne serait pas mieux mis à profit à combattre la surexploitation des océans, toutes ressources et animaux confondus3, plutôt que de se lancer tête baissée dans une nouvelle exploitation aux conséquences qu’on imagine désastreuses. Et c’est bien la quantité d’informations passionnantes apportée par l’auteur qui détonne avec l’absence de propositions politiques.

Une formidable enquête sans débouché politique

L’auteur prévoit, sans le questionner, qu’à l’avenir l’humanité continuera à faire feu de tout bois, c’est à dire à exploiter toute ressource disponible, renouvelable ou non, jusqu’à ce qu’épuisement s’ensuive (p.251-252). Nulle question donc de chercher à limiter le réchauffement climatique ou encore l’effondrement des écosystèmes terrestres et marins. C’est un scénario effectivement probable selon nous, mais non inéluctable. De là, les propositions avancées par l’auteur pour améliorer la situation sont très en deçà des enjeux : hypothétique sursaut de conscience de l’industrie (p.252), sempiternel appel au changement de comportement des consommateurs, appel contradictoire à la sobriété… mais « sans vouloir faire rimer sobriété avec décroissance […] » (p.235) ! Au vu de l’étendue des impacts décrits tout au long de l’ouvrage, on aurait pu espérer un minimum de recul et d’appel à infléchir ce modèle économique mortifère. Guillaume Pitron effectue par ailleurs un amalgame constant entre numérique et renouvelable, comme si smartphone et photovoltaïque, objets connectés et éolien allaient de pairs. Si, bien évidemment, les systèmes de régulations des modes de production électriques utilisent des technologies numériques, nous voyons mal pour quelle raison cela obligerait à déployer massivement du numérique dans les poches, les maisons et les moyens de transports de tous nos concitoyens. De fait, toute hypothèse de transition progressive vers un modèle économique 100% renouvelable et décroissant (donc particulièrement sobre en matériaux) est évacuée d’office.

En parallèle, l’auteur traite assez mal les énergies renouvelables dans cet ouvrage. Sans remettre en cause le fait indéniable qu’elles augmentent la quantité de métaux mobilisée par quantité d’énergie produite, nous retrouvons à plusieurs reprises des faits erronés ou mal expliqués. Par exemple la notion de « cannibalisme énergétique » est reprise dans un sens tendant à faire croire que les émissions de CO2 du photovoltaïque sont importantes (p.58) alors qu’en reprenant la base de calcul de l’auteur nous arrivons à une intensité carbone d’environ 7 grs/kWh4, ce qui est extrêmement faible comparativement à n’importe quel autre moyen de production. Ainsi selon l’auteur, les énergies renouvelables seraient plus polluantes que le pétrole (p.25), et peut-être « les énergies nucléaires finalement moins néfastes » (p.85). De même dans un exposé vidéo publié par l’Obs5, l’auteur affirme « qu’un véhicule électrique émet presque autant de carbone qu’un véhicule diesel », en se basant sur une étude de l’Ademe, qui précisément, dit le contraire6… Il semble que dans l’enthousiasme de la démonstration de sa thèse l’auteur ait parfois tordu quelque peu la réalité.

Néanmoins, l’ouvrage de Guillaume Pitron a l’immense mérite de poser plusieurs questions qui dérangent, y compris dans les milieux déjà conscients de la problématique de l’effondrement écologique en cours.

Quels apports et perspectives pour la pensée et les luttes écologiques ?

L’auteur n’hésite pas à mettre des coups de pieds dans plusieurs fourmilières.

D’abord celle des techno-enthousiastes et de leurs prophètes annonçant une société mondialisée, ultra-connectée, 100% renouvelable voire affranchie de toutes les contraintes naturelles. On reconnaît là la vision des Jeremy Rifkin (p.64-70), Laurent Alexandre et autres Luc Ferry7.

Ensuite celle de certains mouvements écologistes prônant à la fois une transition massive vers le renouvelable, sans remise en cause fondamentale du niveau de vie des Français, tout en s’opposant à la réouverture de mines en métropole (p.234-235). Cette position apparaît incohérente et hypocrite à Guillaume Pitron, tant les conditions d’extraction dans les pays exportateurs sont dramatiques. Pour l’auteur, les mines locales feraient prendre conscience au citoyen des volumes de ressources extraits pour satisfaire les besoins matériels gargantuesques des Français du XXIème siècle, et l’inciterait à remettre en cause sa consommation. Ici, le lien de cause à effet nous semble encore à démontrer. Nos doutes à ce sujet sont partagés par Philippe Bihouix8.

En extrapolant la proposition de Guillaume Pitron au sujet du renouveau minier en France, nous pouvons entrevoir une question majeure que nous nous permettons de traiter ici succinctement : il s’agit de la dynamique de « ré-industrialisation décroissante » qu’engendrerait la relocalisation des secteurs économiques primaires et secondaires. La première nécessité écologique, dont convient généralement le mouvement écologiste dans sa diversité, est qu’il est nécessaire de diminuer de manière plus ou moins importante les consommations de ressources et matériaux afin de réduire la pression humaine sur l’environnement. En revanche, la question de la réouverture des secteurs industriels de base (mines, textile, industrie lourde…) est quant à elle rarement discutée. Il nous semble pourtant que cette question doit être posée, afin d’articuler à la fois une baisse de la consommation globale de matériaux (nécessité écologique) avec la relocalisation des activités primaires et secondaires (nécessité écologique, économique et sociale) tout en arrêtant d’exporter les dégâts environnementaux induits par ces activités. En bref, il s’agit de passer de la « start-up nation » à la manufacture de produits de base et de qualité, dans un contexte de normes environnementales drastiques et sociales ré-humanisées. Ce qui conduira, du fait de l’augmentation des prix de ces produits, à en faire baisser la consommation, nous rapprochant ainsi d’une quasi-autosuffisance sur les produits des gisements et des manufactures dont l’Hexagone est ou serait doté.

Bien évidemment, en admettant que pourraient se recréer en France des secteurs primaires et secondaires écologiquement et socialement acceptables, le surcoût induit par rapport au marché mondial pose — comme pour toute politique économique volontariste — la question de la souveraineté économique. A la suite des démonstrations de nombreux penseurs hétérodoxes (Jacques Sapir, Emmanuel Todd, Aurélien Bernier…), ces politiques ne peuvent s’envisager qu’en abandonnant le dogme du libre-échange, sans même parler des traités européens empêchant toute politique économique d’envergure9. Nous sommes donc ici à la croisée de toutes les critiques portant sur le modèle capitaliste contemporain.

Malheureusement, l’auteur ne semble pas avoir tiré les leçons politiques de son enquête pourtant très stimulante. Ainsi que le résume Hubert Védrine dans sa préface de l’ouvrage, il s’agit ainsi non pas de sortir de l’extractivisme, mais de « relancer partout ailleurs la production de ces métaux rares » (p.10). En clair, tout changer pour que le productivisme et le consumérisme puissent continuer comme avant.


1 Ce champ éditorial dynamique privilégie l’enquête historique (Matthieu Auzanneau, L’or Noir, la grande histoire du pétrole, La Découverte, 2015, José Ardillo, Les Illusions renouvelables. Énergie et pouvoir : une histoire, L’Échappée, 2015) ou contemporaine (Philippe Bihouix, L’âge des low tech, Paris, Seuil, 2014 ; Anna Bednik, Extractivisme, Exploitation industrielle de la nature : logiques, conséquences, résistances, Le Passager Clandestin, 2015)

2 Voir aussi Philippe Bihouix, L’âge des low tech, Seuil, Paris, 2015 qui détaille bien ce phénomène

3 Voir interview de Paul Watson par Thinkerview 29 septembre 2016 https://www.youtube.com/watch?v=yh26_9b7IJI

4 Note de calcul CO2 du photovoltaïque : 70 kg CO2/panneau. Hypothèses (moyennes) : panneau 280 Wc, durée de vie 30 ans, productible 1150 kWh/kWc. (70*1000)/(280*1150*30)=7,24 grsCO2/kWh. Pour comparaison l’électricité produite par les centrales à charbon, fioul ou gaz génère respectivement environ 900, 700 et 450 grsCO2/kWh.

5 « Une voiture électrique pollue autant qu’un véhicule diesel », L’Obs, 13 février 2018, https://youtu.be/bY9zESWWbjI

6 Etude Ademe « Le véhicule électrique dans la transition écologique en France » décembre 2017 http://presse.ademe.fr/2017/12/etude-le-vehicule-electrique-dans-la-transition-ecologique-en-france.html

7 Voir Philippe Bihouix, « Les technosciences ou l’utopie corrompue », Revue du Crieur, octobre 2015

8 Voir Philippe Bihouix « Pour une transition énergétique frugale », Socialter, avril-mai 2018

9 Voir Olivier Delorme, 30 bonnes raisons pour sortir de l’Europe, H&O, Paris, 2017