Un entretien avec Kate Brown réalisé par Nassima Abdelghafour et Martin Denoun, publié en partenariat avec Reporterre, où vous pouvez retrouver une version raccourcie de ce texte.
Deux ouvrages importants de l’historienne états-unienne Kate Brown, professeure d’histoire au Massachusetts Institute of Technology, ont été traduits en français ces dernières années. Tchernobyl par la preuve. Vivre avec le désastre et après et Plutopia. Une histoire des premières ville atomiques, sont parus respectivement en 2021 et 2024 chez Actes Sud. À la fois très documentés et rigoureux, si bien écrits qu’ils se lisent comme des romans, ces deux ouvrages nous plongent dans des catastrophes nucléaires massives. Plutopia nous fait découvrir des catastrophes discrètes et presque routinières, quand Tchernobyl par la preuve braque un nouvel éclairage sur une catastrophe bien connue qui n’en finit pas d’advenir.
Dans Plutopia, Kate Brown suit les traces de deux villes-usines nucléaires créées dans les années 1940 dans des lieux reculés. C’est l’histoire de l’industrie naissante du plutonium, ce métal radioactif nécessaire à la fabrication de bombes atomiques, à la fois aux États-Unis et en URSS. Elle décrit comment ont été conçus, construits et gérés les sites de Hanford près de la ville de Richland, dans l’est de l’État de Washington aux Etats-Unis, et de Maïak près de la ville d’Ozersk, dans l’Oural, en URSS. L’usine de Hanford, cheville ouvrière du projet Manhattan, a produit le plutonium de la bombe larguée sur Nagasaki. La construction du complexe nucléaire de Maïak a démarré en 1945 et a marqué le début de la course aux armements nucléaires pendant la guerre froide. Pour ces raisons, les deux sites ont été construits et exploités secrètement. Au fil des années, des quantités gigantesques de polluants radiotoxiques sont déversées dans l’environnement autour des usines de plutonium. Et pourtant, Richland et Ozersk, les villes attenantes aux sites respectifs de Hanford et Maïak, sont des villes laboratoires où s’expérimentent à la fois le contrôle biomédical des habitant·es et la promesse d’une vie urbaine confortable et privilégiée.
“Plutopia” nous fait découvrir des catastrophes discrètes et presque routinières, quand “Tchernobyl par la preuve” braque un nouvel éclairage sur une catastrophe bien connue qui n’en finit pas d’advenir.
Dans Tchernobyl par la preuve, on suit Kate Brown dans une enquête passionnante et parfois rocambolesque sur les traces de l’accident de Tchernobyl et de ses suites. En exploitant des archives régionales qui n’avaient jamais été dépouillées, l’historienne raconte ce qu’un accident nucléaire implique : une gestion à l’aveugle face à des processus chimico-physiques échappant aux collectes de données classiques, des mensonges visant à masquer à la fois ce qui est su et ce qui est ignoré, des pollutions hétérogènes qui résistent aux schémas rassurants de gestion de crise, des contaminations qui s’accumulent au cours du temps et circulent très loin, des corps exposés qui souffrent en silence, et enfin des citoyen·nes qui se font enquêteur·ices et qui bâtissent des contre-savoirs essentiels pour mettre fin à ce silence.

Nassima Abdelghafour et Martin Denoun – Une même tension traverse Plutopia et Tchernobyl par la preuve : depuis ses débuts, l’industrie nucléaire a produit un discours public qui insiste sur le confinement de l’activité nucléaire dans des espaces clos et contrôlés. Dans les trois cas que vous analysez – les usines de Hanford et de Maïak, et l’accident de Tchernobyl – vous montrez que ce confinement est mis en échec non seulement par les radionucléides, mais aussi par les humains, qui circulent constamment entre ces espaces à accès restreint et l’extérieur.
Kate Brown – J’étais dans une épicerie haut-de-gamme, à Washington DC, la tête dans un congélateur, un compteur Geiger à la main. Je passais le compteur au-dessus d’un sac de myrtilles sauvages surgelées en réfléchissant à cette affaire de confinement de la contamination nucléaire. J’avais remarqué lors d’un séjour dans le nord de l’Ukraine – je travaillais sur les effets de Tchernobyl – que des milliers de personnes sortaient de forêts marécageuses autour de Tchernobyl avec des paniers pleins de myrtilles à la main. Ils les vendaient à des acheteurs qui attendaient dans des camions le long de la route. L’échelle industrielle de cette cueillette m’a intriguée. Avec mon assistante de recherche, Olha Martynyk, nous nous sommes procurées des paniers et sommes allées à la cueillette aussi. Nous avons apporté nos myrtilles dans l’entrepôt où une grossiste achetait les myrtilles apportées par les camions que nous avions vus. Chaque myrtille qu’elle testait était radioactive, certaines bien au-delà du seuil de 450 Becquerels le kilo, en vigueur en Ukraine, mais elle a tout acheté quand même. Je me suis demandée pourquoi, jusqu’à ce que j’apprenne que la norme dans l’Union Européenne et aux États-Unis est de 1200 Bq le kilo. En mélangeant les baies dépassant le seuil avec celles restant en dessous, la grossiste pouvait légalement vendre ses baies dans l’UE, bien que certaines myrtilles testées aient atteint 3000 Bq par kilo. Je découvrais avec étonnement cette dispersion délibérée et régulée des radiations de Tchernobyl par les marchés.
J’ai trouvé un rapport du département de la sécurité intérieure aux États-Unis sur un camion qui avait déclenché les compteurs Geiger à la frontière avec le Canada. Qu’y avait-il dans le camion ? Des myrtilles d’Ukraine. C’est cela qui m’a menée jusqu’au congélateur du magasin, pour constater à quel point les myrtilles de Tchernobyl étaient proches de mon propre petit-déjeuner. La vente de produits radioactifs ne relève pas d’une logique de confinement, mais de prolifération. Et elle est organisée par de nombreux acteurs qui expédient les myrtilles, airelles et champignons cueillis dans les forêts de Tchernobyl aux consommateur·ices partout dans le monde.
La vente de produits radioactifs est organisée par de nombreux acteurs qui expédient les myrtilles, airelles et champignons cueillis dans les forêts de Tchernobyl aux consommateur·ices partout dans le monde.
Il s’agit là d’une prolifération organisée délibérément. Mais que se passe-t-il dans les cas où un confinement est vraiment mis en œuvre ?
Kate Brown – En effet, même lorsqu’il est appliqué, le confinement n’est pas la panacée. Quelques jours après l’accident de Tchernobyl en 1986, les dirigeants soviétiques ont tracé un cercle autour de la centrale et de la ville de Pripyat, et en ont interdit l’accès. La nouvelle « zone d’exclusion » avait pour objectif de préserver les gens de la contamination radioactive, invisible et imperceptible, qui se répandait selon des trajectoires irrégulières depuis le réacteur n° 4 encore en flammes. L’évacuation qui a suivi, ainsi que les patrouilles dans la zone d’exclusion ont sans doute sauvé des milliers de gens d’une exposition à de dangereuses doses, mais cette zone a aussi conduit à des formes d’exposition par inadvertance. Les dirigeants soviétiques ont vite appris qu’on ne pouvait pas contenir les isotopes, qui voyageaient par le vent, dans l’eau, sur les pneus des camions et les vêtements des gens. À l’été 1986, presque tous les échantillons testés par les pouvoirs publics – lait, pain, beurre, viande, thé, produits frais – étaient contaminés. L’existence de la zone d’exclusion, vidée de ses habitant·es et contrôlée, couplée avec l’incapacité des dirigeants soviétiques à publier des cartes représentant de manière dynamique la diffusion de la radioactivité dans des lieux où les gens vivaient et produisaient de la nourriture, a conduit de nombreuses personnes à se croire en sécurité, à tort.
Les confinements sont donc aussi des dispositifs de contrôle de l’information ?
Kate Brown – Tout à fait. Une bonne partie de Tchernobyl par la preuve décrit les problèmes très variés dont se plaignaient les gens aux médecins dans les zones contaminées autour de Tchernobyl. Au lieu des 54 victimes de Tchernobyl officiellement reconnues, le gouvernement ukrainien a fait état en 2016 de 150 000 victimes, seulement pour l’Ukraine, ce qui est une estimation plus fidèle de l’impact de l’accident – la Biélorussie et la Russie, qui ont reçu 80% de la radioactivité après l’accident, n’ont quant à elles pas produit de chiffres.
C’est la même chose autour des usines de plutonium. Hanford et Maïak sont des sites militaires, clôturés et gardés. Seules les personnes munies d’un badge pouvaient entrer, et n’avaient accès qu’à certaines zones du site. En compartimentant les sites, les dirigeants militaires confinaient l’information, craignant l’espionnage d’une puissance nucléaire rivale. Ils craignaient aussi les dirigeants locaux trop curieux, puis plus tard, les riverain·es inquièt·es des clusters de cancers, pathologies thyroïdiennes et autres maladies auto-immunes dans les communautés de fermiers autour des usines. Dans les premières années après l’accident de Tchernobyl, confiner l’information et les connaissances sur les rayonnements ionisants a été le résultat le plus significatif des zones nucléaires contrôlées. Malheureusement, ni les clôtures ni les gardes n’ont pu confiner la radioactivité elle-même.
Au lieu des 54 victimes de Tchernobyl officiellement reconnues, le gouvernement ukrainien a fait état en 2016 de 150 000 victimes, seulement pour l’Ukraine – la Biélorussie et la Russie, qui ont reçu 80% de la radioactivité après l’accident, n’ont quant à elles pas produit de chiffres.
Hanford et Maïak ont relâché environ 350 millions de curies de contaminants radioactifs dans l’environnement, c’est presque le double de l’accident de Tchernobyl selon les estimations les plus hautes. Le problème n’est pas non plus contenu dans le temps. En 2017, des émissions radioactives dues à des feux dans la Forêt Rouge autour de Tchernobyl ont été détectées jusqu’en Hollande ! Le mythe du confinement est puissant et omniprésent, alors que la diffusion de la radioactivité a des conséquences qui perdurent. En 2016, les trois comtés autour de la réserve nucléaire de Hanford ont vu un nombre très élevé d’enfants naître avec une anencéphalie, une malformation rare et mortelle. Entre 2010 et 2016, ces trois comtés ont enregistré un taux de pathologies du tube neural (le système nerveux des embryons) de 12,7 pour 10 000 naissances, contre 6,4 en moyenne dans le pays. Le rapport du ministère de la santé de l’État de Washington concernant ce taux alarmant n’a indiqué aucune cause pouvant l’expliquer. La radioactivité émanant de la réserve nucléaire a été considérée pendant un temps, puis écartée, puisque la radioactivité était prétendument confinée par la clôture, et rapidement évacuée par le débit important du fleuve Columbia et les vents puissants qui balayent la plaine. Après avoir recommandé aux femmes enceintes de prendre de l’acide folique en complément alimentaire, l’État a classé l’affaire et cessé de surveiller les malformations à la naissance dans ces trois comtés. Cet exemple illustre comment ce mythe du confinement des radiations a survécu à la fin de la guerre froide.
À rebours du caractère singulier et extraordinaire de la radioactivité, vous montrez aussi – c’est là une des originalités de votre livre Plutopia– que les villes du plutonium (Richland aux États-Unis et Ozersk en URSS) fonctionnent comme des matrices d’organisation sociale, avec d’étonnantes similitudes entre les deux blocs antagonistes. Vous décrivez comment la mise en place secrète de l’industrie du plutonium, extrêmement polluante et dangereuse, va de pair avec la manière dont les villes du plutonium deviennent des laboratoires préfigurant ce qu’allait devenir la vie urbaine de l’après-guerre. Comment vous est venue l’intuition que ces villes atomiques étaient aussi, plus prosaïquement, des lieux d’expérimentation sociale ?
Kate Brown – Deux choses m’ont permis de comprendre que ces villes fermées et top-secrètes, créées spécialement pour la production de plutonium, étaient les lieux d’expérimentations sociales qui ont constitué des modèles d’urbanisme dans leurs sociétés respectives. La première, c’est que ces villes semblent désespérément normales. La première fois que j’ai visité Richland, j’ai été déçue. Je circulais dans des rues larges, le long de maisons toutes similaires, aux pelouses impeccables. Fuyant le murmure de l’arrosage automatique, j’ai fini au centre commercial « Atomic », entouré d’hectares de parking… Pourquoi étais-je venue jusqu’ici ? Cette ville n’avait rien de top-secret ! C’était une banlieue américaine typique de l’après-guerre. C’est seulement par la suite que j’ai compris que l’entreprise DuPont (en charge de l’usine de Hanford) a utilisé les financements fédéraux dont elle bénéficiait pour faire de Richland une communauté modèle, dédiée aux familles blanches à la recherche d’un environnement sécurisé pour élever leurs enfants. Selon DuPont, l’objectif était d’attirer des cadres ainsi que les meilleurs ouvriers à Richland, une petite localité isolée dans l’est de l’État de Washington. Les maisons avaient le confort moderne, de l’électroménager dernier cri, et des loyers subventionnés par le gouvernement fédéral. Richland avait d’excellentes écoles, un service de bus, de nombreux commerces, parcs et loisirs. La largeur des rues rendait possible une évacuation de masse. Le centre commercial pouvait faire office d’abri anti-aérien, et les immenses parkings, de coupe-feu.
La ville soviétique dédiée au plutonium s’appelait Ville-40 (elle a ensuite été renommée Ozersk, qu’on peut traduire par « la vallée du lac »). Je n’ai jamais pu y entrer parce qu’Ozersk est resté une ville fermée, même dans les années 1990, période où la course à l’armement nucléaire ralentissait. Mais d’après les photos et les descriptions, j’ai compris qu’Ozersk aussi était une ville modèle pour les citoyens soviétiques. Chaque famille bénéficiait d’un logement individuel plutôt que d’une pièce dans un appartement communautaire. Bordant un lac, entourée de forêts, Ozersk avait de beaux parcs, des théâtres, des centres sociaux et des restaurants. Il y avait même un club nautique. Les soviétiques aimaient surtout les magasins bien approvisionnés, où l’on trouvait, comme une ancienne habitante me l’a dit « tout, même du crabe et du caviar ».
➤ Lire aussi | L’utopie nucléaire des villes atomiques de la guerre froide・Kate Brown (2026)
Au contraire, les étagères des magasins soviétiques de province étaient souvent vides. Les villageois·es de la partie sud de l’Oural, autour d’Ozersk, devaient cultiver ou cueillir dans les bois, puis mettre en conserve leur propre nourriture pour répondre à leurs besoins nutritionnels. Acheter des vêtements ou des meubles nécessitait des déplacements dans les grandes villes et de longues files d’attente. Mais pas à Ozersk. C’était une utopie consumériste. Après un accident nucléaire majeur en 1953, des employé·es de l’usine de plutonium de Maïak, voyant des retombées grises venant de l’usine et des ambulances transportant à toute allure de jeunes soldats mortellement blessés à l’hôpital, ont démissionné. Mais après seulement quelques mois dans « le vaste monde », comme ils l’appelaient, ils ont supplié de récupérer leur emploi et de revenir dans la forteresse bien gardée et bien approvisionnée d’Ozersk.
Ces villes dédiées au plutonium sont devenues des modèles de développement urbain d’après-guerre dans chaque pays. Bénéficiant de prêts subventionnés par l’État fédéral, les Américains blancs ont déserté les villes pour des banlieues peuplées d’autres Blancs, paradis des enfants et des automobilistes, qui se sont développées partout dans le paysage américain. Les soviétiques, à la même période, faisaient tout pour quitter les villages et les bourgs et s’installer dans les villes, bien approvisionnées. Les villes-usines comme Ozersk, dédiées à la production d’un seul produit, où la direction de l’usine veille à bien approvisionner ses employés, ont fleuri en URSS.
Le deuxième indice qui m’a menée à la conclusion que les plutopies n’étaient pas exceptionnelles, c’est que les contaminants auxquels les travailleur·euses et les résident·es d’Ozersk et de Richland ont été exposé·es via leur nourriture, leur eau et l’air ne sont pas absents du reste du monde. Du césium, du strontium radioactifs et parfois du plutonium sont régulièrement identifiés dans les corps des habitant·es des États-Unis et de Russie. Après que les essais nucléaires se sont multipliés dans le monde, pas grand-chose ne distinguait biologiquement un·e habitant·e de Plutopia de ses compatriotes vivant dans des villes ordinaires… mis à part le volume des contaminants !
Du césium, du strontium radioactifs et parfois du plutonium sont régulièrement identifiés dans les corps des habitant·es des États-Unis et de Russie.
La question de la contamination radioactive est au cœur de vos deux livres. Vous décrivez précisément comment les corps humains et animaux, les plantes, le sol, l’air et l’eau sont contaminés par les pollutions radioactives. Vous expliquez par exemple comment les effluents radioactifs libérés par l’accident de Tchernobyl se sont répandus, débordant le découpage par zones d’évacuation hiérarchisées en fonction de leur distance avec le réacteur explosé. La météo, la topographie et le style de vie (par exemple, la consommation de légumes du potager plutôt que d’aliments emballés) ont conduit à des niveaux de contamination parfois très élevés dans des endroits pourtant éloignés.
Kate Brown – Les principes habituels pour se protéger des radiations et autres produits toxiques reposent sur l’espace et le temps. Les recommandations en cas d’urgence incitent les gens à se mettre à distance des sources de toxicité et à limiter la durée d’exposition. Mais ce que j’ai trouvé en étudiant Richland, Ozersk et Tchernobyl, les endroits du globe où le plus de pollution radioactive a été relâchée, c’est que la présence de radiations déjoue les conventions de mesure du temps et de l’espace – le temps décompté en secondes, en minutes, et jusqu’en années, et l’espace mesuré en mètres. En conséquence, les scientifiques ont fini par mésinterpréter les effets des contaminants sur la santé humaine. Ils l’ont fait sans arrière-pensée, en appliquant les procédures standard de radioprotection, ou pas tout-à-fait innocemment, à travers leurs efforts pour rassurer les citoyens anxieux en minimisant les effets des radiations sur la santé.
Comment les produits radiotoxiques déforment-ils le temps et l’espace ?
Kate Brown : Prenons d’abord l’espace. Un accident nucléaire se produit, et des hommes en combinaison arrivent avec du matériel pour construire des clôtures. Ils délimitent un espace contaminé et installent des panneaux avertissant du danger. Ces zones laissent penser, à tort, que le danger se situe d’un côté de la clôture, et la sécurité de l’autre. Les citoyens vivant de l’autre côté des clôtures autour de l’usine de Hanford aux États-Unis ou de celle de Maïak en URSS croyaient que les barrières ainsi que les procédures de sécurité exécutées religieusement à l’intérieur de la zone les protégeaient. Et c’était le cas, dans une certaine mesure, mais les produits radiotoxiques sont dangereux pour la santé humaine parce qu’ils ne sont ni stables ni inertes. En mouvement perpétuel, ils imitent de manière opportuniste les éléments dont les organismes ont besoin pour vivre. Les plantes et les animaux se chargent de toxines radioactives et les transportent avec eux. Les isotopes radioactifs se fixent sur les molécules d’eau et de terre, se répandent au gré des courants jusque dans les tubes digestifs des mammifères. Les clôtures montées pour les retenir sont rapidement débordées. Les cartes représentant l’extension de la contamination radioactive deviennent obsolètes dans les jours qui suivent leur impression.

Néanmoins, les scientifiques travaillant pour l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) qui ont été chargés en 1990 de déterminer l’impact de l’accident, en termes de santé publique, dans les territoires habités autour de Tchernobyl, ont procédé comme si les cartes décrivant l’étendue de la contamination et les clôtures décrivaient la réalité. Ils ont mené une étude comparant des habitants de territoires « propres » et « contaminés ». Au cours d’une mission de trois semaines, les consultants des Nations Unies ont examiné 1600 personnes. Ils ont conclu que la santé des habitant·es des villages contaminés comme celle des villages du groupe « de contrôle » était mauvaise et se dégradait depuis l’accident de Tchernobyl, qui avait relâché près de 200 millions de curies de radiation. Les scientifiques ont conclu que dans les villages, contaminés ou appartenant au groupe de contrôle, les gens ne souffraient pas des radiations car les doses étaient trop faibles, d’après eux, pour créer des problèmes de santé – la référence étant à ce moment-là les doses, bien supérieures, absorbées par les survivants de la bombe atomique. Les scientifiques des Nations Unies ont conclu que les habitants souffraient d’anxiété, d’une mauvaise alimentation et d’une consommation excessive d’alcool1.
Seulement, l’exposition aux radiations ne se réduit pas à la distance. Les gens vivant dans les zones considérées comme fortement exposées ont eu le droit à une aide gouvernementale, qui leur a permis d’acheter de la nourriture produite ailleurs et acheminée par des camions. Ces fermiers-là ont continué leur activité, mais au lieu de consommer la majeure partie de la nourriture produite, ils ont vendu ces denrées contaminées sur les marchés des villages voisins, où la contamination enregistrée était plus faible, et que les scientifiques avaient assignés au groupe de contrôle. Dans ce cas, des habitant·es plus éloignés des zones fortement irradiées ont finalement été plus exposé·es que d’autres vivant plus près. La distance ne les a pas protégés.
Au lieu de consommer la majeure partie de la nourriture produite, les fermiers ont vendu ces denrées contaminées sur les marchés des villages voisins, où la contamination enregistrée était plus faible.
Comment les radiations déforment-elles le temps ?
Kate Brown – Le temps dans les zones radioactives ne s’écoule pas uniformément : il se gonfle et se contracte de manière imprévisible2. Pour les pompiers et travailleurs nucléaires de Tchernobyl, qui ont vieilli prématurément en raison des radiations, le temps s’est accéléré. Dans des endroits comme la Forêt Rouge, 10 km2 de pins sylvestres fortement touchés par les retombées du réacteur en flammes, le temps s’est ralenti : des arbres qui auraient dû se décomposer en quelques années étaient toujours là deux décennies plus tard, en raison du peu d’insectes et de microbes présents pour accomplir le travail de décomposition3. Le vieillissement accéléré des humains s’est aussi produit dans les zones de production de plutonium, mais s’agissant de sites militaires, peu de données ont été publiées à ce sujet.
Revenons à la guerre froide un instant. Une partie des faits que vous décrivez dans Tchernobyl par la preuve ont été mis au jour par des gens que vous appelez des « héros du quotidien ». Sans soutien institutionnel, avec leurs propres ressources et malgré les risques, elles et ils ont enquêté sur la catastrophe de Tchernobyl et ses conséquences. Pouvez-vous nous parler de ces personnes ?
Kate Brown – Ces héros du quotidien sont formidables ! Natalia Lozyts’ka enseignait la physique à Kiev. Elle avait accès à un compteur Geiger et avait remarqué les coups de soleil violacés et les évanouissements de ses enfants après l’accident. Elle a commencé à mesurer la radioactivité sur son paillasson et dans la cour devant chez elle. Elle a trouvé des points intensément radioactifs, et a prélevé avec une truelle de minuscules particules dont la radioactivité s’élevait à 3 milli-Roentgen par heure. Elle les a scotchées sur une feuille de papier, noté les lieux et dates des prélèvements. Elle a mesuré leur radioactivité chaque jour, et à mesure que ces particules se dégradaient, elle a pu calculer la quantité de radionucléides contenus à l’intérieur4. Confrontée à la totale absence d’information concernant la radioactivité après l’accident, elle a utilisé ces minuscules fragments radioactifs pour comprendre ce qui s’était passé, 170 km au nord de Kiev. Elle a découvert tout un spectre de radioactivité et en a déduit que le réacteur n’avait pas explosé en raison d’un dégagement de vapeur ou d’une réaction chimique, comme les autorités soviétiques l’avaient affirmé, mais qu’il s’agissait bel et bien d’une explosion nucléaire – cela n’a ensuite été confirmé qu’en 2016 par Lars Erik de Geer et son équipe, dans un laboratoire extrêmement bien équipé5. Lozyt’ska était si inquiète de sa découverte qu’elle s’est mise à mesurer la radioactivité dans des villages voisins. Les fermiers lui parlaient de leurs symptômes, troublants – maux de gorge, saignements de nez, vertiges et évanouissements. Elle a écrit aux dirigeants pour les informer de ses recherches, mais n’a reçu aucune réponse. Elle a envoyé plusieurs autres courriers, que j’ai retrouvés dans les archives. Finalement, voulant désespérément faire passer le message, elle s’est déguisée en femme de ménage et s’est introduite à la première conférence sur les conséquences sanitaires de l’accident de Tchernobyl, en mai 1988 – un spectacle organisé depuis Moscou pour rassurer le monde entier6. Trois agents du KGB ont attrapé Lozyt’ska essayant de transmettre des documents à un délégué états-unien. Ils l’ont expulsée manu militari. Cela ne l’a pas dissuadée, elle a trouvé d’autres moyens de diffuser l’information.
Alexandre Komov, un autre héros rencontré dans les archives, ne parvenait pas à convaincre les autorités de Kiev que dans sa province de Rivni, pourtant éloignée de Tchernobyl, le lait était trop contaminé pour être consommé. Il a finalement chargé un camion de briques de lait et l’a conduit jusqu’à Kiev, pour que les dirigeants sceptiques le testent eux-mêmes. Dans la ville ukrainienne de Zhytomyr, le Dr Pavel Chekrenev a découvert que l’eau rejetée par une tannerie locale était six fois plus radioactive que les seuils autorisés en cas d’urgence, pourtant élevés. Cette eau se déversait dans le réservoir d’eau potable de Zhytomyr. Il a mis la tannerie à l’arrêt et interrompu le traitement de 19 000 peaux7. Il a été rétrogradé pour cela, mais il a eu gain de cause sur le fond : les peaux contaminées n’ont finalement pas été tannées, l’eau potable de la ville a été protégée, et cela a épargné aux habitant·es de Zhytomyr une source supplémentaire de contamination.
➤ Lire aussi | “Chère Greta Thunberg” – À propos du nucléaire・Xavière Gauthier (2022)
Ces « héros du quotidien » sont d’ailleurs beaucoup moins présents dans Plutopia, comment l’expliquez-vous ?
Kate Brown – C’est une excellente question. Pourquoi ne sont-ils pas présents dans Plutopia ? Ils devraient exister. Pendant quarante ans, les usines de Hanford et Maïak ont déversé des tonnes de déchets radioactifs dans leur environnement, à peu près 350 millions de curies pour chacune des deux usines. Je raconte dans Plutopia que les travailleur·euses des usines ont eu des accidents, sont tombé·es malades, sont mort·es. Au vu des enjeux, pourquoi y a-t-il si peu de traces de résistance à ces usines de bombes dangereuses et polluantes ?
Maïak et Hanford étaient des sites militaires. Toutes les personnes pouvant y entrer signaient des serments de loyauté chaque année. Quand j’ai demandé à une ancienne employée de Maïak pourquoi personne ne s’était plaint, elle m’a dit « quand nous avons été embauché·es, personne ne nous a avertis des effets de la radioactivité. Nous ne savions même pas ce que c’était. Nous n’avions peur que du KGB »8. Les agents du KGB bannissaient de la ville bien approvisionnée d’Ozersk non seulement les mots « plutonium » et « radiation », mais aussi toutes les personnes qui causaient des problèmes.
Les employés de Hanford, dans l’état de Washington, craignaient aussi le service de sécurité du site. Faire preuve de curiosité, même de manière anodine, était considéré comme malsain. Betsy Stuart se souvient qu’une de ses voisines avait demandé à une amie ce que son mari faisait dans la vie. Quand l’autre lui a répondu qu’elle ne pouvait pas parler du travail de son mari, la voisine a dit quelque chose qu’elle n’aurait pas dû dire. Le lendemain matin, elle avait disparu. « Croyez-moi », m’a dit Stuart, « quand on se réunissait, on ne parlait jamais de ce qu’on faisait. Nous avions la sensation constante d’être écoutés »9.

Je n’ai trouvé qu’un seul cas de lanceur d’alerte pendant la guerre froide. En 1962, le chef du bureau régional du KGB s’est plaint que les gaz radioactifs de Maïak, non filtrés, contaminaient deux villages de soldats et de travailleurs autour d’Ozersk. Et c’est tout. En revanche, aucun signe de dissension du côté de l’usine de Hanford. On pourrait trouver cela contre-intuitif : c’était l’URSS le régime autoritaire connu pour arrêter, emprisonner et exécuter les gens qui posaient trop de questions. Les travailleurs de Hanford faisaient confiance à leurs supérieurs, et les États-Unis s’enorgueillissaient d’une société ouverte et libre.
En effet, c’est étonnant !
Kate Brown – En plus de la peur des services de sécurité, d’autres forces à Richland contribuaient à étouffer les questions et les protestations. La richesse industrielle des États-Unis comme la prospérité des familles des travailleur·euses états-unien·nes augmentaient, au point que la science, la technologie et la culture se renforçaient mutuellement pour diffuser un message de compétence, d’expertise et de confiance.
C’est là où les coûteuses infrastructures culturelles de Richland et la stratégie d’industrialisation rurale, à grand renfort de subventions, a payé. La culture de Richland, c’est le respect de la richesse, de l’éducation, de l’expertise, de la hiérarchie et des règlements, et cela a permis de mettre en sourdine les doutes, la peur, les rumeurs et même les faits. Les dirigeants de Hanford ont beaucoup investi dans l’éducation des enfants des ouvriers, générant une adhésion profonde au progrès scientifique.
La culture de Richland, c’est le respect de la richesse, de l’éducation, de l’expertise, de la hiérarchie et des règlements, et cela a permis de mettre en sourdine les doutes, la peur, les rumeurs et même les faits.
Un résident se souvenait ainsi : « à Richland, le soleil brillait 300 jours par an. Chaque habitant avait une pharmacie, une épicerie, un terrain de baseball et une station-service à quelques pâtés de maison. On avait de bons médecins. Chaque pelouse était tondue, chaque maison peinte. Les donuts chauds, le shopping chez CC Anderson, et les célébrations au Bomber Bowl sont des souvenirs chers à tous les gamins de Richland. Pourquoi est-ce que c’étaient de si belles années ? On était protégés. Les parents élevaient leurs enfants dans cette cité atomique, loin du mal, loin des villes en déliquescence et de la dégradation sociale. C’est la sérénité, le bien-être, l’absence de conflit. »10
Les événements géopolitiques récents nous ont beaucoup fait penser à vos livres. La centrale nucléaire de Zaporijjia en Ukraine a été attaquée par l’armée russe, puis Israël et les États-Unis ont bombardé des installations nucléaires en Iran – avec des conséquences inconnues en termes de pollution radioactive. Dans le même temps, plusieurs pays, dont la France, la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie, ont annoncé un renouveau du nucléaire civil. Ils projettent de construire de nouvelles infrastructures et de prolonger le parc nucléaire existant. Ces projets sont soutenus à la fois par des éco-modernistes qui soutiennent le nucléaire pour décarboner l’économie, et par des acteurs placés à la droite ou à l’extrême droite des échiquiers politiques, qui détestent les renouvelables. Depuis votre perspective d’historienne, cette configuration vous semble-t-elle nouvelle, ou rappelle-t-elle des schémas plus anciens ?
Kate Brown – Il n’y a pas grand-chose de nouveau dans les conflits nucléarisés d’aujourd’hui, ni dans la renaissance nucléaire civile, si ce n’est l’intensification des politiques nationalistes et xénophobes qui instrumentalisent l’énergie nucléaire à des fins politiques, davantage qu’économiques. L’énergie nucléaire est trois à cinq fois plus chère que l’énergie solaire et éolienne au kW/h. Il faut des décennies pour construire une centrale nucléaire, contre quelques semaines ou quelques mois pour installer des panneaux solaires ou des éoliennes. Ces temporalités constituent une différence critique, quand on pense à l’urgence climatique. On a vu avec la guerre en Ukraine la vulnérabilité des installations nucléaires, qui, une fois prises par l’ennemi, peuvent être transformées en gigantesques bombes polluantes. Nous avons vu en Iran, et avant cela en Irak, comme il est facile de confondre des installations nucléaires civiles et militaires pour justifier des offensives. Pendant la guerre froide, les forces conservatrices ont adopté le nucléaire comme une promesse de puissance économique, politique et militaire. C’est toujours le cas aujourd’hui, de manière assez irrationnelle, car quiconque se soucie de souveraineté et de résilience économique comprend que les renouvelables sont moins chères, plus sûres, plus propres et plus rapides à déployer.
➤ Lire aussi la série Atolls irradiés・Naïké Desquesnes et Léna Silberzahn (2025)

L’histoire de la production de la bombe nucléaire et de Tchernobyl nous a montré que les incroyables promesses éco-modernistes sont précisément… incroyables. Elles laissent dans leur sillage des paysages empoisonnés, des gens malades et des projets de dépollution qui n’en finissent pas. L’historienne féministe Emily Callaci a montré dans son livre Wages for Housework comment le travail de « ménage » en contexte de changement climatique et autres catastrophes anthropogéniques revient à des personnes qui l’accomplissent gratuitement : trouver le moyen de consommer une nourriture non-contaminée, éviter les coins les plus pollués du quartier, prendre soin d’un enfant qui n’est jamais en pleine forme ou d’un adulte qui ne parvient pas à concevoir d’enfant… Et des années plus tard, prendre soin de proches touchés par des cancers ou des maladies chroniques. Avec le développement de ces projets nucléaires, et la quantité croissante d’isotopes radioactifs en circulation dans le monde, nous sommes de plus en plus nombreux·ses à travailler, gratuitement, comme liquidateur·ices nucléaires.
Image principale : la zone autour de Tchernobyl. Photographie : Kate Brown.
SOUTENIR TERRESTRES
Nous vivons actuellement des bouleversements écologiques inouïs. La revue Terrestres a l’ambition de penser ces métamorphoses.
Soutenez Terrestres pour :
- assurer l’indépendance de la revue et de ses regards critiques
- contribuer à la création et la diffusion d’articles de fond qui nourrissent les débats contemporains
- permettre le financement des deux salaires qui co-animent la revue, aux côtés d’un collectif bénévole
- pérenniser une jeune structure qui rencontre chaque mois un public grandissant
Des dizaines de milliers de personnes lisent chaque mois notre revue singulière et indépendante. Nous nous en réjouissons, mais nous avons besoin de votre soutien pour durer et amplifier notre travail éditorial. Même pour 2 €, vous pouvez soutenir Terrestres — et cela ne prend qu’une minute..
Terrestres est une association reconnue organisme d’intérêt général : les dons que nous recevons ouvrent le droit à une réduction d’impôt sur le revenu égale à 66 % de leur montant. Autrement dit, pour un don de 10€, il ne vous en coûtera que 3,40€.
Merci pour votre soutien !
Notes
- The International Chernobyl Project: Proceedings of an International Conference, Vienne, 21-24 mai 1991, (IAEA, 1991). Les références sur les effets néfastes des « faibles » doses chroniques de rayonnement de Tchernobyl sont abondantes. Je présente ici un éventail de sources allant des archives aux articles publiés dans des revues scientifiques à comité de lecture. “Otchet o vypolnenii gosudartstvennoi natsional’noi programy “Deti Chernbylia” za 1992 goda,” 1992, Tsentral’nyi derzhavnyi arkhiv vishchikh organiv vladi, Kyiv, (TsDAVO) 324/19/33, 1-18 ; “Dokumentiy MOZ Ukrainy pro vikonannia derzhavnykh program ta pro stan zdorov’ia naseleniia,” 27 janvier 1992, TsDAVO 342/19/32, 19-30 ; “Dovidka,” après le 11 mars 1990, TsDAVO 342/17/5240, 88-98 ; N. Iu Liubinetskaia, “Ot chet o nauchnou rabote po teme: Okhrana zdorov’ia profilaktika i reabilitatsia zabolevanii u voennosluzhashchikh i chlenov ik semei,” Sluzhba Bezpeki Ukraini, derzhavnyi arkhiv, Kyiv, (SBU) 35/64/36, Kyiv 1996, 149-80 ; “Itogi raoty otdela po izucheniiu meditsinskikh posledgstvii Chernobyl’skoi katastrofy za 1996 god,” sans date, 1996, SBU 35 68, 1-12 ; E. I. Stepanova et al., “Effekty vozdeistviia posledstvii Chernobyl’skoi avarii na detskii organizm,” Pediatriia, 12 (1991): 8-13 ; Erik R. Svendsen, et al., “Cesium 137 Exposure and Spirometry Measures in Ukrainian Children Affected by the Chernobyl Nuclear Accident,” Environmental Health Perspectives, vol. 118, no. 5 (Mai 2010): 720-5 ; Andre Dubois, “Gastrointestinal Radiodamage and Radioprotection: Chernobyl in Retrospect,” at “Symposium on Perspectives in Radioprotection: Program and Abstract,” 13-14 mars 1987, Bethesda, MD, USU Archives ; Mohammad Reza Shiekh Sajjadieh, et al., “Cytokine Status in Ukrainian Children with Irritable Bowel Syndrome Residing in a Radioactive Contaminated Area,” Iranian Journal of Immunology, 9(4), 248-53 ; K. Spivak, C. Hayes, J.H. Maguire, “Caries prevalence, oral health behavior, and attitudes in children residing in radiation-contaminated and non-contaminated towns in Ukraine,” Community Dent Oral Epidemiology, 2004 ; 32: 1-9 ; Anna Lindgren, et al., “Individual whole-body concentration of Cesium 137 is associated with decreased blood counts in children in the Chernobyl-contaminated areas, Ukraine, 2008-2010, Journal of Exposure Science and Environmental Epidemiology, (2013), 1/9: 1-3.[↩]
- Sur le temps, voir Julian Barbour, The End of Time : The Next Revolution in Physics (Oxford University Press, New York, 2001): 11-15.[↩]
- Timothy A. Mousseau et al., “Highly reduced mass loss rates and increased littler layer in radioactively contaminated areas,” Oecologia, 24 juin 2013,DOI: 10.1007/s00442-014-2908-8; et “Chernobyl Trees Barely Decomposed, Study Finds,” NBC News, 26 mars 2014.[↩]
- “Au recteur de l’Université de Kiev” 1986, archives personnelles de Lozyts’ka.[↩]
- Entretien téléphonique avec Lars Erik de Geer, 18 décembre 2017, et Lars-Erik De Geer et al., “A Nuclear Jet at Chernobyl Around 21:23:45 UTC on April 25, 1986,” Nuclear Technology, 2017.[↩]
- “Medical Aspects of the Chernobyl Accident,” Kiev 11-13 Mai, 1988, (IAEA: Vienna, 1989): 9-12. Pour une analyse de l’impact négatif que la conférence a eu sur les patient·es et les traitements, voir le courrier d’Aleksandr P. Borshchevskii à Evgenii Chazov, 30 octobre 1988, GARF 8009/51/4340: 67-84.[↩]
- “Actes d’enquête sanitaire,” Akt sanitarnogo obsledovaniia,” 11 août, 1986, et “Directive des Ministres soviétiques” “Poruchenie Soveta Ministry, UkSSR,” 20 août 1986, TsDAVO 324/17/4348: 14, 66.[↩]
- Vladyslav B. Larin, “Mayak’s Walking Wounded,” The Bulletin of the Atomic Scientists, septembre/octobre 1999: 23.[↩]
- Sanger, Working on the Bomb, 170.[↩]
- Mai 1999, Archives de l’association des anciens élèves Alumni Sandstorm, accessibles sur www.alumnisandstorm.com.[↩]






