Temps de lecture : 5 minutes
Après des siècles de modernisation sans merci, faut-il encore « être modernes » ou bien devenir terrestres ? Bien que trop duale, la tension entre globalisateurs modernes et terrestres est devenue une boussole politique, existentielle et théorique majeure, que le séminaire se propose d’explorer en rassemblant notamment les auteures et auteurs de la revue Terrestres, Revue des Livres des Idées et des Écologies. Qu’est ce que devenir terrestres ? Quelles histoires et quels récits faire des dérèglements en cours ? Quels sont les contours de la condition terrestre ? Que devient le politique au-delà de sa constitution moderne quand le socius exclusivement humain n’en est plus le lieu hégémonique et quand l’habiter excède le gouverner ? De quelles pensées les luttes, destitutions et alternatives contemporaines sont-elles le terreau ?
 
Ce séminaire est animé par des membres du collectif de rédaction de la revue terrestres.org, Revue des Livres, des idées et des écologies. Lieu du séminaire. Tous les 2e mercredis du mois entre 17h et 20h, du 9 décembre 2020 au 9 juin 2021. Plus d’informations : https://enseignements.ehess.fr/2020-2021/ue/883.
 
Pour l’instant les séminaires sont en ligne, inscription nécessaire à : http://listsem.ehess.fr/courses/883/requests/new

9 juin : Revisiter la place de la technocritique dans la pensée écologique à l’heure du capitalisme numérique

Avec François Jarrige, Célia Izoard et Mathieu Amiech

Pour la dernière séance de son séminaire annuel, la Revue Terrestres vous invite à un retour sur terre et une rencontre en présence réelle autour de ce que peut signifier devenir terrestre à l’heure du triomphe du capitalisme numérique. 

Revue essentiellement en ligne, Terrestres s’interroge depuis ses débuts sur son format d’édition alors que la question écologique recoupe depuis ses débuts la réflexion sur les équipements techniques et matériels permettant d’imaginer une condition terrestre contre les globalisateurs modernes et leurs projets cybernétiques de maîtrise totale du monde. 

Par petite touche, chacun s’habitue désormais au cocon numérique, y compris dans les milieux militants et écologiques. Au nom du caractère pratique d’outils dont on ne questionne pas suffisamment les bases matérielles et les origines, du fatalisme ambiant ou de la pression sociale, ceux qui y résistent seront jugés inadaptés, victimes d’ « illectronisme » ou de « technophobie », et invités à se soigner. 

Pourtant, personne ne peut réellement croire les promesses selon lesquelles la transition numérique sera la transition écologique. Les gadgets numériques nous promettent des satisfactions à court terme, des plaisirs éphémères, des stimuli grossiers, c’est seulement dans un second temps qu’apparaissent les effets réels et à plus long terme, lorsqu’il est souvent trop tard. 

Les objets comme le langage du numérique apparaissent aujourd’hui comme les principaux freins à l’instauration d’une condition terrestre véritable. Dès lors, comment penser la technocritique aujourd’hui ? Que faire de cet appareillage proliférant et de sa quincaillerie ? Peut-on se satisfaire d’un appel à libérer l’internet ou d’une promotion d’outils présentés comme libres ? 

Les évolutions en cours accroissent la surveillance totale, l’épuisement des psychismes et des ressources, et installent un monde que peu de gens ont réellement désiré. Ce monde accentue notre dépendance envers un système marchand hyper-industrialisé, accroît la néodomesticité faite de livraison et de click, et relance le capitalisme industriel qu’on croyait pourtant épuisé.

A travers un retour sur les liens que l’écologie politique a entretenu avec la question des techniques, une exploration de la pluralité des lignes qui traversent le monde militant à ce sujet, et comment le capitalisme numérique actuel repousse les frontières de l’extractivisme, cette rencontre invite à faire le point sur ce qui nous arrive et à explorer le champ des possibles.
 
Le séminaire se déroulera à La Parole Errante,  située au 9, rue François Debergue 93100 Montreuil (métro : Croix de Chavaux)
 
A lire sur Terrestres :
 

Séances passées: 

9 décembre : Autour de l’État

  • Une histoire critique de la souveraineté d’État, autour du livre Dominer (La Découverte, 2020) : Christian Laval (co-auteur avec Pierre Dardot)
  • L’État peut-il être écologique ? Imaginer des processus institutionnels terrestres, débat entre Sophie Gosselin (co-auteure de Le toucher du monde) et Xavier Ricard (co-auteur de Revenir sur Terre)

13 janvier : Autour de l’Écoféminisme

  • Un écoféminisme vernaculaire (Geneviève Pruvost)
  • Simone Weil peut-elle nourrir une approche éco-féministe ? (Geneviève Azam)

Répondante Léna Silberzahn

10 février : Penser le géopouvoir

  • Anthropocène et géopouvoir  : “Earth beings and the neoliberal state of nature”  (Federico Luisetti, en anglais)
  • Penser les régimes de planétarité depuis 1492 (Christophe Bonneuil)

10 mars : Nous ne sommes pas seuls. Politique des alliances terrestres

  • Autour du livre Nous ne sommes pas seuls (Seuil, 2021) avec Léna Balaud et Antoine Chopot.

Répondant.e Virginie Maris et Aurélien Gabriel Cohen

14 avril :  La Terre ou le temps des métamorphoses

La Terre ou les temps des métamorphoses : avec Emanuele Coccia (auteur de Métamorphoses) David gé Bartoli (co-auteur de Le toucher du monde) et Frédéric Neyrat (auteur de La part inconstructible de la Terre).
 
Séance animée par Léna Balaud et Bernard Aspe