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Les chiffres des morts et des blessés sont issu du récent article de la grande reporter Delphine Minoui, « Dites au monde l’enfer que nous sommes en train de vivre  : en Iran, l’ampleur du massacre apparaît peu à peu », Le Figaro, 26/01/20261.

Nous vivons une tempête. Elle n’est ni nouvelle ni passagère. C’est la tempête du capitalisme, de l’impérialisme, du patriarcat et des États qui administrent la mort tout en parlant d’ordre, de stabilité ou de sécurité. Dans cette tempête, ceux d’en haut se disputent les territoires, les ressources et le pouvoir ; ceux d’en bas engagent leurs corps, leurs vies, leurs peurs et leurs espoirs.

En Iran, aujourd’hui, cette tempête frappe avec une violence particulière. Le peuple iranien s’est à nouveau mobilisé contre le régime de la République islamique qui n’a pas hésité à mener une répression violente contre celles et ceux qui descendent dans la rue. Ces mobilisations ne sont ni un fait isolé ni une réaction momentanée : elles sont le résultat cumulé de décennies d’oppression politique, d’exploitation économique, de violence patriarcale, de répression systématique et de déni des droits. Ce sont des luttes qui naissent de la base, de la vie quotidienne étouffante, de celles et ceux qui ne peuvent et ne veulent plus continuer à survivre en silence.

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En haut, les gouvernements et les puissances évaluent la situation d’un point de vue géopolitique. Ils calculent les avantages, les équilibres régionaux, les voies d’approvisionnement énergétique, les alliances opportunes. En haut, le crime est normalisé, justifié ou dissimulé sous des discours de « stabilité », de « sécurité » ou de « réalisme politique ». En haut, même ceux qui se présentent comme des ennemis du régime iranien n’hésitent pas à légitimer le massacre, lorsque celui-ci sert leurs intérêts.

Ce sont des luttes qui naissent de la base, de la vie quotidienne étouffante, de celles et ceux qui ne peuvent et ne veulent plus continuer à survivre en silence.

En bas, en revanche, le peuple iranien lutte pour la vie :

En bas, il y a les femmes qui défient quotidiennement le contrôle patriarcal.

En bas, il y a les travailleurs et les travailleuses appauvries par les politiques néolibérales.

En bas, il y a les dissidences sexuelles, les minorités religieuses, les peuples opprimés, celles et ceux qui vivent dans les banlieues touchées par la crise de l’eau, du logement et de l’emploi.

En bas, il y a celles et ceux qui sont descendues dans la rue à maintes reprises, souvent les mains vides, sans organisations étendues – détruites par la répression – et qui ont pourtant progressé plus loin que n’importe quelle opposition institutionnelle.

Graffiti « Pauvreté, corruption, prix élevés – nous marchons jusqu’au renversement » à Khorramabad, province du Lorestan, Iran, début janvier 2026. Crédits : Bruisefarshid

Nous dénonçons fermement la manipulation externe de ces manifestations. Aucune puissance étrangère, aucun gouvernement du Nord, aucun projet impérialiste n’a le droit d’utiliser la souffrance du peuple iranien comme un pion sur son échiquier. Cette instrumentalisation non seulement déforme les luttes réelles, mais elle met en danger plus grand encore celles et ceux qui résistent, en les transformant en prétexte pour une répression encore plus brutale.

Nous réaffirmons le droit inaliénable des peuples à l’autodétermination. La liberté ne s’exporte pas et ne se négocie pas entre États. Aucune intervention impérialiste n’a jamais apporté justice ni dignité aux peuples qu’elle prétend « libérer ». L’histoire nous l’enseigne, et les ruines laissées dans leur sillage le confirment à maintes reprises.

Il y en a qui, de l’extérieur, regardent vers le haut et non vers le bas : qui justifient le régime iranien au nom d’un prétendu anti-impérialisme, ignorant que ce même régime applique à son peuple des logiques d’occupation, d’apartheid, de pillage et de néolibéralisme ; et qui promeuvent des alternatives réactionnaires, autoritaires et dépendantes, qui promettent le salut tout en reproduisant la domination.

Ce sont de fausses oppositions. Le haut contre le haut. Le pouvoir contre le pouvoir. En bas, le peuple est pris au piège entre deux forces qui se disent opposées, mais qui agissent de concert.

Notre position est claire : nous ne sommes pas avec les gouvernements, nous sommes avec les peuples. Pas avec les États, mais avec celles et ceux qui résistent. Pas avec les élites, mais avec celles et ceux qui luttent pour vivre.

La tempête est mondiale ; celles et ceux qui pensent qu’elle ne les concerne pas, qu’elle ne les touche pas, se trompent. Face à cette tempête, il n’y a ni sauveurs ni solutions venant d’en haut.

Aujourd’hui, alors que le peuple iranien est confronté à la coupure des communications, à l’état d’urgence et à la militarisation de la vie quotidienne, nous appelons à écouter les avertissements de nos compañeraset compañeroszapatistes : la tempête est mondiale ; celles et ceux qui pensent qu’elle ne les concerne pas, qu’elle ne les touche pas, se trompent. Face à cette tempête, il n’y a ni sauveurs ni solutions venant d’en haut. Ce qu’il y a, c’est la possibilité – urgente – d’unir les luttes d’en bas, de nous reconnaître dans le destin commun de celles et ceux qui résistent au capital, à l’impérialisme et à toutes les formes de domination.

Nous tendons la main au peuple iranien.

Non pas pour le materner.

Non pas pour parler en son nom.

Mais pour lui dire : vous n’êtes pas seules, vous n’êtes pas seuls.

Parce que la lutte en Iran est aussi la lutte pour la vie partout ailleurs. Et parce que ce n’est qu’en partant d’en bas, ensemble, que nous pourrons affronter la tempête et imaginer le jour après.

Janvier 2026


Lire aussi | La Gen Z face à la corruption du monde・Alain Bertho (2025)


Régions d’Iran où des manifestations ont été signalées depuis le 28 décembre (dernière mise à jour : 25 janvier 2026). Crédits : M j, AryanTuranica

Pour associer sa signature, écrire à declaracion.iran@gmail.com

Signatures :

Armée zapatiste de libération nationale

Asamblea Libertaria Autoorganizada Paliacate Zapatista, Grecia 

Cafè Rebeldía-Infoespai, Barcelona-Catalunia

CafeZ, Bélgica

Caracoleras De Olba, Teruel, Estado Español

Centro de Documentación sobre Zapatismo (CEDOZ), Spanischer Staat

Colectivo Armadillo Suomi, Finlandia 

Colectivo Calendario Zapatista, Grecia

Confederación General del Trabajo (CGT) Estado Español

Cooperazione Rebelde Napoli, Italia

CSPCL, Paris, Francia

Frankfurt International, Alemania

Lumaltik Herriak, País Vasco

Mujeres y disidencias de la Sexta en la otra Europa y Abya Yala, RRR

Mut Vitz 31 Toulouse, Francia

Nodo Solidale Roma/México 

Tatawelo Italia 

Terra Insumisa Alcamo/Sicilia Sud Globale, Sizilien, Italia

20zln, Italia

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Notes

  1. « Selon un nouveau décompte compilé grâce à l’aide de personnels soignants dans cinq centres de référence en ophtalmologie et seize services d’urgence, le docteur Amir-Mobarez Parasta (en contact quotidien avec un réseau clandestin de médecins) dit « pouvoir confirmer la mort de 33.130 personnes » . Et encore, précise-t-il, ces chiffres sont sans doute inférieurs à la réalité, car ils ne prennent en compte ni les données issues des morgues et des cimetières, ni le grand nombre de personnes blessées n’ayant pas osé aller à l’hôpital par peur des représailles. »[]