Et si pour comprendre les origines de la catastrophe écologique, il fallait remonter jusqu’au Moyen-Age ? Sylvain Piron propose de revenir aux racines de la pensée économique qui se trouveraient dans la pensée chrétienne du XIIIe siècle. L’auteur explore plusieurs grands moments dans l’histoire de l’Occident pour rendre compte d’une véritable « occupation du monde ».

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À propos de Sylvain Piron, L’occupation du monde, Bruxelles, Zones Sensibles, 2018, 238 p.

       Avec son ouvrage L’occupation du monde, Sylvain Piron livre un essai original sur les origines de l’Anthropocène. L’auteur se donne pour but d’en penser le point de départ, en replaçant ses ressorts théoriques dans une durée plus large que la chronologie habituellement retenue, qui la fait débuter au début de l’époque moderne voire, plus tardivement encore, à la fin du XVIIIe siècle ou à l’issue de la seconde guerre mondiale. Historien de la pensée médiévale, Sylvain Piron s’attache à démontrer une thèse précise : les sources de la raison économique responsable de l’exploitation industrielle des ressources naturelles et par conséquent de la crise écologique actuelle prennent racine dans la pensée chrétienne du Moyen Age, et il est possible d’en suivre le développement dès l’élaboration scolastique des catégories fondamentales de l’économie.

       L’originalité de la thèse ne consiste pas seulement à mettre en perspective la crise écologique moderne dans une histoire de longue durée. L’auteur rappelle toutefois que, depuis un article célèbre de Lynn White Jr1 Lynn T. White Jr, “The Historical Roots of our Ecologic Crisis”, Science, 155, 1967, pp. 1203-1207., dont la présentation occupe le premier chapitre, peu d’études se sont sérieusement penchées sur le rôle de la pensée religieuse dans l’avènement de l’Anthropocène et de l’idéologie économique qui l’a favorisée2L’auteur signalant toutefois la proximité de son travail avec le point de vue de Dominique Bourg, Une nouvelle Terre, Paris, Desclée de Brouwer, 2018.. Il s’agit pourtant de comprendre comment, par le jeu de circonstances socio-historiques, la pensée théologique a partiellement déterminé la configuration de cette nouvelle ère : “L’identification de l’Anthropocène (…) n’est qu’un symptôme, hautement significatif, qui rend manifeste l’aboutissement d’une tendance lourde” (p. 48). Cette tendance, les doctrines et les choix politiques qu’elles supposent sont la contrepartie de représentations constituant un “impensé théologique” sous-jacent à la raison économique (p. 11). L’auteur se montre toutefois attentif à prévenir toute simplification hâtive. L’idée courante que la vision chrétienne de l’homme placé au centre de la Création, dont la supériorité sur les autres espèces naturelles légitimerait l’asservissement, puisse être considérée comme cause directe de l’exploitation massive des ressources naturelles est bien trop générale pour être pertinente (chapitre 1, en part. p. 32). La prégnance de l’imaginaire religieux n’en reste pas moins déterminante pour la construction des catégories de la pensée politique, juridique et économique occidentale, même quand elles paraissent à première vue s’en affranchir. Comme l’explique ainsi l’auteur :

       Il est généralement admis que la constitution d’une sphère autonome de l’action humaine à l’époque moderne s’est effectuée contre le christianisme. L’expansion de cette sphère, du XVIIe au XXe siècle, paraît en effet corrélative d’un recul du contrôle moral sur les pratiques économiques qu’exerçaient la conscience et les autorités religieuses. Mais en réalité, comme on s’en aperçoit en creusant sous la surface des évidences, les interactions que l’on peut identifier entre la doctrine morale de l’Église ou des sectes protestantes, leurs desservants et les acteurs du monde marchand relèvent moins d’un contrôle que d’un modelage et d’une conformation des pratiques économiques à des valeurs chrétiennes. (…) Le discours théorique qui émerge au XVIIIesiècle a conservé de ses origines chrétiennes quelques uns de ses caractères les plus distinctifs, dont il ne s’est ensuite jamais départi (p. 10).

L’impensé théologique de notre monde

       La prise en compte de ce facteur appelle à une “histoire intellectuelle” (p. 17) se donnant pour tâche de mettre au jour l’intrication des représentations symboliques véhiculées par la pensée religieuse et des constructions sociales qu’elles imprègnent. L’originalité de l’enquête menée par l’auteur vient donc surtout des coordonnées précises qu’il s’agit selon lui de repérer pour l’élucidation de cette histoire : un recul d’un millénaire s’avère nécessaire pour apprécier correctement la genèse du mouvement qui conduit à la crise écologique contemporaine et à la consolidation des institutions l’ayant rendue possible. Les sources de la pensée économique qui en sous-tend le développement peuvent être repérées dans les débats qui occupent la pensée scolastique de la fin du XIIIe siècle. Leurs prémices explicites s’observent en premier lieu chez le théologien et philosophe franciscain Pierre de Jean Olivi (1248-1298), dont l’auteur est spécialiste et dont il a récemment édité l’important Traité des contrats3Pierre de Jean Olivi, Traité des contrats, éd. S. Piron, Paris, Les Belles Lettres, 2012.. Les linéaments de leur mutation vers les formes de l’économie politique visibles aujourd’hui se dessinent dès la fin du Moyen Age et les débuts de l’époque moderne.

       L’auteur s’attache à justifier ce point de vue en plusieurs temps. La première partie de l’ouvrage (jusqu’au chapitre 4) retrace la prise de conscience au XXe siècle du problème écologique. Si elle ne concerne pas directement la thèse centrale de l’ouvrage, cette première partie souligne les enjeux actuels du débat et dresse un état de l’art des travaux historiographiques autour de la crise environnementale et de la notion d’Anthropocène. Un état des lieux fortement documenté de la situation contemporaine (en témoignent les abondantes références bibliographiques) lui permet d’abord d’évaluer la pertinence de cette notion récente. L’examen du concept d’Anthropocène conduit à établir la nécessité pour en rendre compte d’adopter une chronologie plus large que ne le font les études parues à ce jour (chapitre 1). La prise de conscience publique de la situation écologique émerge péniblement dans la seconde moitié du XXe siècle par le biais de plusieurs acteurs du monde scientifique dont les messages d’alerte reçoivent un premier écho dans les mouvements contestataires des années 1960. L’auteur met en évidence de quelle manière cette prise de conscience ne parviendra à se fixer dans un vocabulaire propre (“environnement”, “développement durable”) qu’au moyen de la réception du discours scientifique au sein de la sphère politique. Comme en témoigne le cas du rapport Meadows4Le “Rapport Meadows” désigne un rapport d’étude publié en 1972 (The Limits to Growth en anglais) par des chercheurs du MIT, à la demande du Club de Rome, un groupe de réflexion constitué de chercheurs, de fonctionnaires et d’industriels de plusieurs pays. Ce travail est resté célèbre comme une des premières études synthétiques à alerter des dangers engendrés par la croissance économique et démographique. , cette réception rencontre dans un premier temps des obstacles. Les discours dominant l’espace public profitent en effet de l’intrication de la problématique environnementale et de ses enjeux économiques pour maquiller la situation et la récupérer au service de politiques néo-libérales. Le diagnostic des symptômes terminaux de la crise contemporaine (chapitre 3), l’ampleur des dégâts et l’urgence de la situation justifient la référence aux divers travaux qui, dans le sillage du programme anthropologique mené par Philippe Descola, engagent une réévaluation radicale du mode d’être au monde occidental en le comparant à ses alternatives possibles (chapitre 4).

       Dans la seconde partie du livre, l’auteur entreprend d’étayer sa thèse relative aux origines de la situation décrite. Le chapitre 5, le plus historiographique de l’ouvrage, amorce l’étude des origines de la pensée économique moderne en s’intéressant aux dynamiques spécifiques qui ont permis à l’Occident d’acquérir sa physionomie particulière à partir du milieu du Moyen Age. Alors que le haut Moyen Age occidental demeure largement marqué par l’héritage culturel de l’empire romain, le XIe siècle marque un tournant qui voit émerger une configuration socio-économique nouvelle, fruit de l’influence conjointe de plusieurs facteurs. Si l’entrelacement de l’Eglise et du pouvoir politique à partir de cette époque participe à l’élaboration progressive d’un nouveau concept de souveraineté, la réforme de l’Eglise entraîne aussi une mutation interne aux champs du savoir, marquée par une exigence de rationalité qui affecte l’ensemble des disciplines théoriques enseignées au sein de l’université médiévale. Le creuset théologique dans lequel les concepts centraux de l’économie furent forgés résulte cependant du maillage d’un ensemble de conditions institutionnelles et sociales tout à fait précises, auxquelles ne disposait a priori pas la doctrine chrétienne en tant que telle. C’est avant tout par le biais d’une série d’évènements et de transformations historiques contingentes, s’étalant sur plus d’un millénaire, que cette doctrine en vint à investir des champs discursifs comme les questions de morale économique qui lui étaient d’abord étrangers. D’une manière nécessairement très synthétique, l’auteur se penche par conséquent sur les “bifurcations de l’histoire chrétienne” les plus significatives de ce point de vue depuis la prédication de Jésus jusqu’à la création de l’ordre franciscain au XIIIe siècle. C’est en effet au sein de l’ordre franciscain, et plus précisément dans l’œuvre de Pierre de Jean Olivi, que l’on peut observer l’élaboration décisive des notions fondamentales d’économie (en particulier de la notion centrale de “valeur”) qui serviront de fondations conceptuelles aux traités ultérieurs que les historiens retiennent en général comme point de départ de la pensée économique moderne. L’obligation de la confession imposée à tous les laïcs suite au quatrième concile du Latran (1215) rendait nécessaire la formation du clergé à des problèmes de morale économique, afin de répondre aux cas les plus divers auxquels il se trouvait désormais confronté. Ce cadre explique la nécessité pour les théologiens du XIIIe siècle d’envisager des questions liées au monde du commerce (droit des contrats, légitimité des prêts, statut de l’usure, etc.). Issu de l’enseignement d’Olivi au couvent de Narbonne vers la fin du XIIIe siècle, le Traité des contrats apparaît sous ce jour comme l’œuvre la plus significative au sein de laquelle les catégories centrales de la pensée économique sont définies. En dépit des censures importantes subies par le théologien franciscain, ses idées passeront à la postérité de manière anonyme, à travers les œuvres de Bernardin de Sienne et d’Antonin de Florence qui les reprendront au XVe siècle, et qui alimenteront les débats concernant le droit des contrats de la “seconde scolastique” (XVI-XVIIe siècles). L’analyse de la transmission historique et de la transformation de ces idées offre une méthode de déconstruction pour repenser l’histoire du mouvement conduisant aux impasses environnementales rappelées au début de l’ouvrage. Les inflexions successives de notions élaborées dès l’époque médiévale montrent de quelle manière les exigences doctrinales propres à la pensée théologique ont pu déterminer l’évolution de l’économie comme science, ainsi que l’auteur l’annonçait dès l’introduction : “les remaniements successifs de ce dispositif initial n’ont pas conduit à effacer, mais bien plutôt à en accentuer la composante théologique” (p. 11). Dès sa réception à la fin du Moyen Age et à l’aube de l’époque moderne, les idées formulées par Olivi subissent des interprétations qui en modifient profondément la portée. On peut ainsi déceler dès les débuts de l’époque moderne les motifs d’une mathématisation de la discipline, qui ne se déploiera que plus tard, mais qui dissimule la rémanence du modèle théologique de l’omniscience divine dans un champ discursif qui était circonscrit chez Olivi aux seules affaires humaines. L’appauvrissement des concepts dont la mathématisation est l’envers se dessine de cette manière bien en amont des développements contemporains de la science économique. L’analyse de ses limites, ainsi que du statut délicat d’une science sociale qui a pu entre-temps entériner son statut d'”économie politique”, fait l’objet d’une réflexion plus générale dans le dernier chapitre de l’ouvrage.

       Au terme de ce travail, le parcours proposé marque un balisage large mais précis des grands moments qui ont permis “l’occupation du monde” du point de vue de l’Occident. Pour résumer le lien entre les études que composent les différents chapitres, l’auteur exploite l’intéressante polysémie de l’expression d'”occupation” qui donne son titre à l’ouvrage :

       Les motifs d’un tableau ne se révèlent parfois clairement au regard qu’avec un certain recul. La situation dans laquelle nous sommes immergés est si dense et enchevêtrée que la bonne distance temporelle pour l’appréhender paraît être de l’ordre de deux millénaires. À cette échelle, en adoptant un point de vue comparatiste sur le comportement humain, on peut ressentir un étonnement face à la propension qu’ont eu certains groupes, particulièrement à l’extrémité occidentale de la péninsule européenne, à s’approprier l’espace qu’ils explorent, défrichent, arpentent, cadastrent, pour le mettre en valeur et en exploiter les ressources, en étendant peu à peu leur emprise et leurs façons d’agir à l’ensemble de la surface du globe. C’est ce mouvement que je propose de qualifier d’« occupation du monde ». Cette propension s’est raffinée au fil de différentes distillations culturelles pour former finalement cette morale économique qui nous guide sans que nous en ayons bien conscience. Elle a fait de nous des êtres producteurs et consommateurs de marchandises. Cette définition est si banale qu’on pourrait la prendre pour une donnée a priori de l’existence sociale, mais elle est bien de nature historique, le diagnostic de Karl Marx est sur ce point indiscutable (p. 9).

Qu’est-ce que l’occupation du monde ?

       La notion d’occupation résume ainsi le tissage des contingences politiques (et militaires), sociales et juridiques qui en vinrent à définir une métaphysique du travail permettant in fine la construction du “mythe de l’Occident” (chapitre 5, p. 110). Sylvain Piron parvient à montrer comment les conditions initiales de l’Anthropocène résultent d’un tel montage, qui a rendu possible l’investissement de domaines spécifiques de l’expérience humaine par un système d’idées qui lui était d’abord étranger. L’apport principal de l’ouvrage tient ainsi dans sa volonté d’interroger le contenu idéologique inconscient tout autant véhiculé par les concepts de la science économique que par le langage courant. Son originalité consiste à indiquer comment ces idées ont pu générer des pratiques et produire des effets de large ampleur à partir de contextes insoupçonnés. Comment, par exemple, la conception du travail encadrant la discipline monastique (le moine travaille d’abord pour que son corps, occupé à la tâche, laisse son esprit libre pour Dieu) en est-elle venue à imprégner toute la société, définissant peu à peu une économie psychique qui structure toujours le mode de vie occidental ? Etant donné l’ampleur de la tâche et l’ambition du projet, on ne pourra que féliciter l’auteur d’avoir su synthétiser, dans un matériau si vaste, les éléments pertinents à la démonstration de sa thèse. La présentation des pièces apportées au dossier laisse cependant toute leur place à de nombreuses analyses, observations et hypothèses heuristiques qui contribuent à faire de cet essai un travail profondément réflexif et stimulant5Le lecteur intéressé par cette démarche et le questionnement initial qui l’a enclenchée pourra se rapporter à un entretien de l’auteur consacré à la présentation de son travail.

       La thèse défendue par l’auteur commande une méthodologie particulière, à la croisée de l’histoire des idées, de l’histoire politique et de l’histoire sociale, mais aussi de l’épistémologie des sciences sociales et de l’anthropologie. L’éclectisme affiché dans l’approche du sujet pourra peut-être surprendre d’un point de vue méthodologique. Parfaitement assumé par l’auteur (p. 17, pp. 22-23, p. 190), il se justifie avant tout par le caractère transdisciplinaire de l’objet de recherche. Mais les choix se révèlent aussi pertinents pour les étapes plus fines de la démonstration du propos. Ainsi, l’état des lieux historiograhique des premiers chapitres permet de défendre la chronologie retenue. Les sauts d’une époque à une autre offrent une vue panoramique des grandes étapes du mouvement général décrit dans l’ouvrage. Les portaits d’auteurs accompagnant l’exposé de leurs idées contribuent à en replacer la genèse dans le contexte intellectuel, social et politique de leur époque. On comprend par exemple que la fameuse thèse de Max Weber voyant dans le protestantisme et sa conception du travail une des causes de l’avènement du capitalisme constituait une référence obligée pour le propos de l’auteur. Mais cette référence attendue est intégrée à la réflexion de fond qui sous-tend l’ouvrage sur les relations inter-disciplinaires caractérisant les sciences sociales (chapitre 6). La récurrence des allusions au travail de Marcel Gauchet, dont l’auteur se revendique explicitement (p. 139), permet de rattacher son travail au projet d’une généalogie critique de la modernité à partir de son rapport au religieux. Par ailleurs, les biographies d’auteurs influents pour la question écologique soulignent des convergences théoriques par-delà les horizons en apparence divers dans lesquels ils s’inscrivent, comme Gregory Bateson ou Ivan Illich – l’auteur rappellant l’intérêt significatif d’Illich, penseur majeur de l’écologie et de la société industrielle, pour les origines médiévales de la pensée moderne. On pourra difficilement tenir rigueur à l’auteur, au vu du nombre considérable de penseurs qu’il mobilise, de ne pouvoir analyser plus en détail certaines références convoquées sans être réellement approfondies (Gilbert Simondon ou Eduardo Kohn, par exemple).

       L’analyse du sujet et les précautions méthodologiques qui occupent les premiers chapitres de l’ouvrage conduisent certes l’auteur à différer à un second volume, annoncé dans l’introduction, les éléments complémentaires à sa démonstration. Certaines propositions semblent de fait rester en suspens : dès son introduction, l’auteur observe notamment la nécessité d’un examen critique des marqueurs idéologiques du “matérialisme” qui sera mené au fil de l’ouvrage, et qui devra aboutir à l’idée d’une nécessaire “insurrection spirituelle” (p. 22). L’auteur laisse ici et là quelques indications qui suggèrent effectivement les formes que celle-ci pourrait prendre : la considération du pluralisme comme une valeur en soi, par exemple, ou le renversement des modes de vie consuméristes (pp. 95-96, p. 108, p. 186, p. 190). Néanmoins, ce point reste flou, la question des valeurs auxquelles il est fait référence ne constituant d’ailleurs pas le point focal du propos. Mais surtout, parvenu au terme de l’ouvrage, le lecteur pourra légitimement se demander si la thèse annoncée par l’auteur en introduction est véritablement établie. Seuls le chapitre 7 et, dans une moindre mesure, le chapitre 8 permettent d’étayer la proposition centrale autour de laquelle s’articulent les analyses présentées. Que les concepts fondateurs de l’économie politique s’enracinent dans les questions de morale économique travaillées par les théologiens du Moyen Age tardif est bien expliqué par l’auteur dans les deux derniers chapitres de son livre, et parfaitement contextualisé par les parties précédentes. La présence latente d’un “impensé théologique” accompagnant la pensée économique dans son élaboration moderne jusque dans ses effets les plus destructeurs à l’époque contemporaine, en revanche, n’est pas totalement mise en évidence et appelle des éléments de preuve supplémentaires. Au plaisir de la lecture de cette riche étude qui a pour grand mérite de défier le cloisonnement disciplinaire tout en proposant un point de départ nouveau pour penser l’Anthropocène, il faut donc ajouter celui d’un second livre à venir dont les analyses, constituées de différentes études de cas annoncées dans l’ouvrage, complèteront le propos de ce premier volume.


Notes   [ + ]

1. Lynn T. White Jr, “The Historical Roots of our Ecologic Crisis”, Science, 155, 1967, pp. 1203-1207.
2. L’auteur signalant toutefois la proximité de son travail avec le point de vue de Dominique Bourg, Une nouvelle Terre, Paris, Desclée de Brouwer, 2018.
3. Pierre de Jean Olivi, Traité des contrats, éd. S. Piron, Paris, Les Belles Lettres, 2012.
4. Le “Rapport Meadows” désigne un rapport d’étude publié en 1972 (The Limits to Growth en anglais) par des chercheurs du MIT, à la demande du Club de Rome, un groupe de réflexion constitué de chercheurs, de fonctionnaires et d’industriels de plusieurs pays. Ce travail est resté célèbre comme une des premières études synthétiques à alerter des dangers engendrés par la croissance économique et démographique.
5. Le lecteur intéressé par cette démarche et le questionnement initial qui l’a enclenchée pourra se rapporter à un entretien de l’auteur consacré à la présentation de son travail