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Slam d’Alain Damasio pour la ZAD de la Colline à Mormont, première ZAD suisse menacée d’expulsion, mis en musique et mixé par Laurent Pernice, du groupe Palo Alto. Si le lecteur ne s’affiche pas, suivez ce lien.


La colline, ma copine,
a pécho un virus
Un co-vide calcaire
Au niveau du plexus
Holcimetierre est son nom
Et pour s’en préserver
La ZAD du Mormont
A inventé les gestes carrière !

Vous vous demandez pourquoi nous sommes là ?
Vous vous demandez :
Pourquoi ces cabanes dans les arbres ?
Pourquoi ces palabres, ces tags multiculturels ?
Ces barricades de récup face aux brise-roches
et aux tractopelles ?
Pourquoi ces miradors de planches, ces mirages d’air,
ces accordéonistes funambules,
Ces tripodes géants dressés au milieu
Des cantines et des marmites qui bullent ?
Pourquoi ces baignoires montées sur skate
Ces vélomoteurs de bricole
Cette joie crue, ces farandoles
Ce combat, ces capuches, cette gouache ?
Pourquoi être ici, debout, vivants,
Face au ciment qui pousse et qui prend ?

Nous sommes la première ZAD suisse
La première qui ait eu l’orch’idée
Qu’on pouvait, non : qu’on puisse
Stopper ceux qui pour qui l’or gris
est l’unique graal et idée.

On va essayer de vous expliquer
Pourquoi nous autres au Mormont
On se bat contre le béton et son monde,
Pour l’Après, en amont !

Le ciment est comme l’eau, il est comme l’or,
Il est polymorphe, il a un corps
qui se coule dans n’importe quel moule.
Comme le dit Jappe le philosophe
Il n’a aucune forme propre, mais peut toutes les prendre.
Il n’existe nulle part à l’état naturel
n’est qu’un peu de poudre, un peu de cendre
mais devenu béton dur, il règne, universel.

Plus d’habitat local, plus de particularités
Plus de variété vitale, de cité érigée en terre
De ville de pierres, de gratte-ciel en bois
Le béton a étendu son monopole
Du pôle sud au north pole
Partout le même matériau monotone
les mêmes barrages, le même tarmac
Les mêmes ponts, les mêmes tons, les mêmes routes
De Beyrouth à Dubaï à Lausanne à Canton…

Partout les mêmes bâtiments-marchandises
La même pierre liquéfiée
La même coulée de plastique dure et grise
La même gelée de travail abstrait
La holcimilitude de toutes les villes
Sous tous les climats, secs ou frais…

Le ciment-songe, la cimentalité,
Le cimantra répété, répété
Sans aucune parcimonie
Sans la moindre sentimentalité
Bétonne ! Bétonne ! Tonne ! Tonne !

Le béton nous coupe de nos sols
Il pose sa vitre sur la terre fertile
Il bouche d’une dalle les lacs
Et barre en arc le cours des fleuves

Le béton mange du sable cru
à 40 milliards de tonnes par an
Il en dévore les plages
À coup de machines infernales
Qui retournent et broient toute forme de vie
À la lisière des océans
Parfois même, il engloutit des îles !

C’est un isolant thermique bâtard,
Le béton brut,
Un toit lourd pour tout ciel,
Un mur contre nos horizons bleus
La cage dorée des Bunker Palace Hôtels

Vous en voulez encore
Du ciment à prise rapide
Du calcaire concassé
De la fumée de silice
Du ciment expansif
Du Portland, du mortier ?
De la chaux qui brûle la peau
Des scories, des sols lixiviés,
le laitier des hauts fourneaux à traire
Pour des infrastructures tentaculaires d’enculés ?

Vous en voulez encore de ce monde
Où l’on racle la montagne jusqu’à l’os
Où un litre d’eau sur dix sert à faire du béton ?
Où 8% du CO2 craché sur cette terre
vient du four des cimentiers ?

Salut à vous les élus qui font carrière
Qui défendez la colline mutilée
Salut à vous les cloportes du ciment
poussant clopin-clopant
La boule de vos petites ambitions moisies
Aplatie au rouleau pour le feu des gazinières

Salut à vous les Tribunaux fédéraux et vaudois,
Les expulseurs compulsifs
Vaudois effilés, noueux, crochus
À agripper la maille
Vaudois dans la prise, dans la crise,
Vaudois dans l’emprise du fric gras
Vaudois dans l’engrenage,
Ouais, entre l’arbre et l’écorce,
Vos engelures du courage,
à vous cacher derrière votre petit doigt…

Voici notre doigt d’honneur
Si ce n’est nos bras
À vous qui plaidez le droit à l’erreur
De la transnationale « citoyenne »
« votre partenaire régional
pour la destruction durable »

Qu’importe vos holcimagrées
Vos holcimulacres de démocratie
Le ciment-colle de vos mensonges
Qui coagule la poussière des crassiers

Pour défoncer nos poumons,
Et pour détruire le vivant,
J’espère que vous avez un alibi,
Une excuse en béton,
Pour les futurs éclopés d’Éclépens !

Savez-vous, vraiment, qui est cette société, Lafarge ?
La forge barge qui depuis 68 berges
Abrège et cuit la colline vierge
Pour maximiser ses marges ?

LafargeHolcim
Et son clinker clinquant
A été mise en examen
Oh rien de bien méchant !
pour « complicité de crimes contre l’humanité »,
« financement d’une entreprise terroriste »
et « mise en danger délibérée de la vie d’autrui »
de qui ? Ben de ses propres salariés, héhé !

Cent-vingt cas de pollution environnementale
Partout sur la planète
c’est quoi, hein ? c’est quedal !
et violation des droits humains
ben tiens,
dans 34 pays différents !
parce qu’il y a pas de raison
de faire ça qu’à la maison
et tant qu’à broyer des gens
qu’à péter des dents
autant le faire ailleurs
qu’ici à Éclépens.

Pour finir, on  vous propose une petite chanson scout,
chantez-là avec nous, ça nous fera plaisir…
(sur l’air de colchiques dans les prés)

Holcim dans les prés
Flétrissent, flétrissent
Holcim dans les prés
C’est la fin de l’été

Le fric d’automne
emporté par l’ciment
En ronde monotone
Brûle en tourbillonnant

Zadistes dans les prés
Fleurissent, fleurissent
Zadistes, on est prêt
On est chaud pour l’Après !

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