Table ronde le mercredi 3 juin avec les anthropologues Barbara Glowczewski et Nastassja Martin. Une rencontre organisée par Terrestres à l’Académie du Climat à Paris (19h00-21h30). Entrée libre ! Inscription souhaitée ici.
Vous pouvez aussi suivre les rencontres Terrestres en direct le soir de l’évènement ou bien les écouter tranquillement en différé, grâce à notre partenariat avec la radio associative ∏node.
« Comment, au-delà de nos éco-anxiétés, des angoisses et divers messages qui hantent nos nuits sous forme de cauchemars, retrouver un art ancestral du rêve qui puisse nous régénérer, non seulement pour survivre individuellement mais surtout pour s’organiser collectivement ? » interroge l’anthropologue Barbara Glowczewski dans l’entrée Rêves du récent volume Mondes postcapitalistes (La Découverte, 2026).
Il n’y a pas si longtemps, chez nous, les rêves étaient encore considérés comme des voyages. La nuit, les rêveurs et les rêveuses ne tournaient pas en boucle dans leur for intérieur en s’inventant des dialogues ventriloques, mais transhumaient vers d’autres mondes. Ils et elles revenaient chargé·es d’une mémoire déposée en eux-mêmes, et c’était de cette altérité dont il fallait se souvenir pour orienter correctement ses pas au réveil. Pour de nombreux collectifs autochtones, la vie onirique reste un champ fondateur de l’expérience, parce qu’elle permet d’ouvrir des passages entre les mondes et d’établir des liens entre des entités qui d’ordinaire ne sont pas censées pouvoir communiquer.
Quelles autres visions des entités qui composent nos mondes les récits de rencontres nocturnes engendrent-ils au réveil ? En sortant la vie onirique de la fonctionnalité narcissique de l’inconscient psychanalytique dans laquelle elle a été canalisée, les constellations mémorielles ne sont plus seulement humaines, mais aussi animales, végétales, minérales ou géologiques. À l’heure où les puissances élémentaires se manifestent plus brutalement que jamais avec le changement climatique et nous posent la question du statut réducteur dans lequel nous les avons enfermées, le champ du rêve en tant que lieu de dialogue avec les altérités redevient central. Le rêve devient possiblement un territoire de résistance à la domination du paradigme des « ressources », à leur appropriation et à leur exploitation. Comment ces visions sont-elles à même de réinformer nos mémoires élémentaires autrement que par les concepts modernes dans lesquels nous les avons confinés ?
En Australie, l’anthropologue Glowczewski travaille à saisir comment le rêve est devenu un outil existentiel et politique permettant une reprise des terres par des liens spirituels qui affirment une culture vieille de 67 000 ans, ancrée dans une infinité de lieux. Au Kamtchatka, l’anthropologue Nastassja Martin suit les récits oniriques des Evènes pour comprendre comment les rencontres nocturnes leur permettent de répondre aux métamorphoses écologiques et climatiques actuelles.
Leur dialogue s’attachera à chercher ce qui, dans le travail collectif du rêve, permet non seulement de résister aux crises systémiques mais aussi d’ouvrir de nouveaux possibles d’actions non encore imaginées.
Cette soirée est organisée dans le cadre du séminaire de la Chaire Habitabilité de la Terre et transitions justes (CNRS, ISJPS, Paris 1 Sorbonne).
Barbara Glowczewski est directrice de recherche émérite au CNRS et membre du Laboratoire d’Anthropologie Sociale. Depuis 1979, elle travaille avec des Aborigènes d’Australie sur leurs rituels, arts et luttes pour la justice sociale et environnementale. Elle fait résonner les solidarités des peuples autochtones et les mobilisations pour la défense des terres en France. Elle est l’autrice d’une douzaine de livres – dont Rêves en colère (Plon/Terre Humaine), Réveiller les esprits de la terre (Dehors), Indigenising Anthropology with Guattari and Deleuze (EUP) – et de plus de 150 articles, dont une récente entrée « Rêves » dans l’ouvrage collectif Mondes postcapitalistes.
Nastassja Martin est anthropologue, diplômée de l’École des hautes études en sciences sociales et spécialiste des populations arctiques. Elle est l’autrice de Âmes sauvages. Face à l’Occident, la résistance d’un peuple d’Alaska (La Découverte, 2016), qui a reçu le prix Louis Castex de l’Académie française, de Croire aux fauves (Verticales, 2019) et de À l’Est des rêves, réponses even aux crises systémiques (La Découverte, 2022). Elle est actuellement titulaire de la chaire de professeur junior Habitabilité de la Terre et transitions justes de l’Institut des sciences juridique et philosophique de la Sorbonne.
Image principale : Wright of Derby, Cottage on Fire at Night, vers 1790.
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