Un ensemble de recherches récentes met en avant le rôle des travailleur·euses et des syndicats dans les luttes écologistes en Europe. À ce sujet, les débats académiques se sont surtout organisés autour du concept d’environnementalisme ouvrier, terme développé dans le cadre de l’histoire environnementale du travail notamment par Stefania Barca et Emanuele Leonardi1 et en France par Renaud Bécot pour désigner « l’ensemble des revendications et des actions environnementales qui dérivent de l’expérience du travail ou de l’appartenance subjective à une communauté ouvrière2 ». Ce texte discute ces travaux à partir d’un concept central dans mes recherches et mon engagement militant : l’écosyndicalisme3.
Je désigne ainsi la pratique et la stratégie d’alliance entre collectifs syndicaux, habitants et écologistes autour de luttes communes permettant de redéfinir conjointement les besoins sociaux et le travail productif et reproductif4 qui doit y répondre. Il s’agit de dépasser certaines limites de l’environnementalisme ouvrier, centré sur les seul·es travailleur·euses sans prendre en compte centralement l’apport des habitant·es et militant·es écologistes : focalisation sur les pollutions industrielles au détriment du réchauffement climatique et de l’effondrement de la biodiversité ; perméabilité à une conception fantasmée de la classe ouvrière comme homogène et nécessairement porteuse de solutions écologiques ; difficulté à saisir les manières dont peuvent s’articuler concrètement les points de vue des habitant·es sur les besoins, des écologistes sur la préservation des vivants et des écosystèmes et des travailleur·euses sur les possibilités productives et reproductives. L’analyse de l’écosyndicalisme comme pratique mets la focale sur le travail militant de composition qui rend possible l’élaboration commune par les syndicalistes, habitant·es et écologistes, de mobilisations, contre-expertises et contre-projets, comme cela a été le cas dans la lutte des ouvriers de la raffinerie de TotalEnergie Grandpuits. Militant·es de la CGT et d’organisations environnementales se sont alors mobilisé·es contre le « greenwashing de la casse sociale » du projet de Plateforme Zéro Pétrole et ont amorcé une contre-proposition industrielle.
Le concept d’écosyndicalisme permet également de souligner la participation des travailleur·euses au sein de luttes écologistes, qui sont souvent présent·es mais pas les plus immédiatement visibles, comme dans les luttes récentes, qui ont conduit à des victoires importantes, contre les mégabassines du Poitou et contre le projet d’entrepôts Green Dock au port d’Aubervilliers. Dans certains cas, ces pratiques écosyndicalistes peuvent conduire à ce que j’appelle des utopies écologistes du travail, qui préfigurent un avenir dans lequel besoins, production, reproduction sociale et soin des écosystèmes ne seraient plus en contradiction, comme dans les luttes dont il sera question plus en détail dans ce texte : celle du collectif ex-GKN – ces travailleur·euses de l’usine automobile de Campi Bisenzio en Italie qui, en réaction à leur licenciement, ont occupé leur usine, fait alliance avec des militant·es écologistes et développé un projet alternatif de construction de vélo-cargos et de panneaux photovoltaïques ; et celle des syndicats de travailleurs forestier de l’ONF, alliés à des organisations environnementales de défense de la forêt pour opposer leur projet de sylviculture irrégulière à l’extractivisme et au productivisme imposés par l’État.
Mais je propose aussi de considérer l’écosyndicalisme comme une stratégie, qui permet d’en finir à la fois avec le mépris du travail, qu’il soit productif et reproductif – et en particulier au sein des activités reproductives le travail de subsistance5 et le travail militant – à l’œuvre dans les idéologies technosolutionnistes et les propositions bureaucratiques de transition énergétique et de planification écologique « par en haut » (fétichisme de l’État) et dans les idéologies ouvriéristes et le fantasme d’une « écologie prolétarienne6 » présentant une classe ouvrière enfin unifiée comme seule détentrice des solutions pour atténuer les catastrophes (fétichisme de la classe). Il s’agit plutôt de faire du problème stratégique de la construction des « convergences entre luttes du travail et luttes de la communauté7 » le cœur d’une écologie révolutionnaire aujourd’hui, et une méthode pour avancer vers une décroissance écosocialiste8 fondée sur la conquête de droits démocratiques, depuis les échelles locales jusqu’à l’échelle internationale, pour les travailleur·euses et les habitant·es9.
Faire du problème stratégique de la construction des « convergences entre luttes du travail et luttes de la communauté » le cœur d’une écologie révolutionnaire aujourd’hui.
Environnementalisme ouvrier et écosyndicalisme
Le concept de working-class environmentalism a été développé en premier lieu par Stefania Barca, pionnière de l’histoire environnementale en Europe. Son parcours l’ a conduit à étudier les rapports entre développement industriel et transformation des écosystèmes dans le Sud de l’Italie avant de se pencher sur la manière dont les syndicats s’emparent des questions écologiques contemporaines et enfin vers une théorie écosocialiste et écoféministe plus globale de « l’écologie du travail dans l’ère contemporaine, incluant le vulnérabilité des travailleur·euses à la dégradation de la Terre, leur agentivité pour résister à l’extraction, la consommation et le gaspillage de la nature non-humaine, et leurs capacités de soin de la nature et de production de la vie10 ». Dans son analyse, l’environnementalisme ouvrier – traduit parfois par écologie de la classe ouvrière, qui peut renvoyer aux initiatives environnementales des ouvrier·es et syndicats comme à la question plus large du type d’approche de l’écologie qu’on trouve dans les communautés ouvrières – s’ancre dans la conscience des dommages environnementaux et sociaux causés par l’industrialisation à partir du 19e siècle11, et plus particulièrement au 20e siècle avec les mobilisations des années 1960-70 autour de la question des pollutions industrielles. Dans un article pionnier de 2015, Barca le définit ainsi :
En parlant d’écologie de la classe ouvrière, je fais référence aux luttes quotidiennes menées par les travailleurs situés au bas de l’échelle dans l’agriculture, l’industrie et le secteur des services, individuellement et collectivement, afin de défendre l’intégrité et la sécurité de leur environnement de travail et de l’environnement de leurs familles et leurs communautés. […]
Les luttes environnementales de la classe ouvrière n’ont pas comme objectif principal la protection de la nature en tant que telle, ou des autres espèces vivantes en soi, parce qu’elles se concentrent généralement sur des questions de « classe » et de « genre », c’est-à-dire sur la défense des conditions de vie de la classe ouvrière. Néanmoins, elles peuvent et doivent être définies comme des luttes environnementales, car elles sont l’expression d’un type d’écologie alternatif à celui de la classe moyenne et des réglementations nationales et internationales.12
La particularité des analyses de Barca est d’insister sur l’inclusion du travail reproductif, et en particulier du travail de subsistance et de care, dans l’environnementalisme ouvrier, en soulignant que « les ‘forces de reproduction’ se sont opposées aux dégradations environnementales au moyen d’un travail constant de protection, de maintenance et de régénération des conditions de la reproduction13 ». Cette perspective permet de mettre en relief le fait que, dans certains cas, des ouvrier·es ou membres de la classe ouvrière peuvent s’opposer au consensus productiviste et au chantage à l’emploi en faisant primer les enjeux de reproduction et d’écologie sur les objectifs de la production capitaliste.
C’est ce que montre par exemple les luttes des années 2000-2010 autour des pollutions (notamment de dioxyde d’azote, de soufre et de benzène) et des atteintes à la santé (hausse de la mortalité précoce et de l’incidence du cancer) générées par l’usine sidérurgique ILVA dans la ville de Tarento au Sud de l’Italie, analysée en terme d’environnementalisme ouvrier par Stefania Barca et Emanuele Leonardi. Dans cette zone sacrifiée pour la production d’acier, le récit masculiniste du sacrifice des travailleurs pour le bien de leurs familles a été ébranlé par des mobilisations sociales pour la santé, la qualité de vie et l’amélioration des conditions de la reproduction sociale, portées d’abord par des femmes de la classe ouvrière (collectif Donne per Tarento) qui ont cherché à sensibiliser la communauté à la pollution dans leur ville. Cela a conduit certain·es syndicalistes, regroupés dans des syndicats sociaux – incluant des militant·es et résident·es ne travaillant pas dans le secteur de l’acier – et des syndicats de base – en désaccord avec les grandes organisations syndicales présents dans ILVA – à développer « une politique de remise en cause du chantage à l’emploi en faisant le lien entre la justice environnementale et le militantisme syndical et en recommandant une unité de la classe ouvrière autour d’une primauté de la reproduction14 ». Barca et Leonardi insistent ainsi sur le processus d’élargissement de la subjectivité de la classe ouvrière permettant d’intégrer dans la mobilisation autour des dégâts environnementaux générés par le travail des chômeur·ses, résident·es de quartiers particulièrement touchés, étudiant·es et membres de la société civile engagée (par exemple des médecins et universitaires), et contribuant à l’articulation entre conscience écologique, contestation du chantage à l’emploi et remise en cause des divisions sexuelles et coloniales du travail.
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En France, ce sont principalement les travaux de l’historien de l’environnement Renaud Bécot15 qui ont contribué à l’avancée des recherches sur les rapports entre syndicalisme et écologie. Dans sa thèse, Bécot montre notamment, de manière très précise et détaillée, que le mouvement d’appropriation des questions écologiques par les syndicats dans l’après-guerre passe par un processus de décloisonnement de l’action syndicale depuis l’usine vers le territoire. Ainsi par exemple, l’explosion le 4 janvier 1966 de la raffinerie de Feyzin dans la Vallée de la Chimie près de Lyon, qui fait 18 morts et 84 blessés suite à une fuite de propane entraînant un incendie, d’un côté « précipite une réforme de l’action administrative dans la régulation des risques industriels et contribue à nourrir une réflexion sur l’adaptation du droit du travail » mais de l’autre signe le début « d’une phase de lente transformation des pratiques syndicales »16.
Le mouvement d’appropriation des questions écologiques par les syndicats dans l’après-guerre passe par un processus de décloisonnement de l’action syndicale depuis l’usine vers le territoire.
L’auteur mentionne ainsi une circulaire de l’UD-CFDT du Rhône de janvier 1966 affirmant que la mobilisation syndicale doit porter sur « les problèmes de sécurité dans l’entreprise et pour la population, particulièrement dans la zone d’industries chimiques17 ». Quelques années plus tard, en 1976, un déversement d’acroléine dans le Rhône provenant de l’usine Pechiney Ugine-Kuhlmann (PCUK) de Pierre-Benite, qui tue des centaines de milliers de poissons, suivie par une explosion dans un atelier de la même usine, ouvrent une intense activité syndicale « visant à lier protection des salariés dans l’usine et protection de l’environnement18 ». Comme le résume Renaud Bécot, corrélativement aux réflexions, discours et revendications qui englobent désormais le territoire au-delà de l’usine, « [l]es pratiques syndicales se transforment donc et des structures originales s’inventent pour agir face aux débordements industriels19 ». Pour faire face à la mise en place de stratégies patronales plus systématiques pour invisibiliser les pollutions et minimiser les risques de dégâts industriels, il s’agit désormais aussi de mener des batailles de contre-expertise, comme dans le cas de la lutte pour l’interdiction de l’amiante ou la reconnaissance des cancers professionnels20, et concernant tous les enjeux (comme le nucléaire dès les années 1970 ou les pesticides dans les années 2000) qui associent santé au travail et santé environnementale21.
Où en est l’environnementaliste ouvrier aujourd’hui ? En France, une nouvelle génération de chercheur·es en sociologie enquête sur les formes contemporaines du syndicalisme écologique22. Ces travaux examinent notamment les nouvelles formes que prennent les tensions entre luttes d’une part pour les salaires et d’autre part pour la santé et le soin des écosystèmes, plus largement l’ensemble des facteurs sociaux et (géo-)politiques qui « fragmentent la classe ouvrière » et « entretiennent les divisions entre syndicalisme et environnementalisme des communautés habitantes23 » et les exemples de « convergence entre les luttes sur le lieu de travail et dans la communauté au moyen de l’élaboration de plateformes communes orientées vers la rupture avec le ‘chantage à l’emploi’ »24. Ce sont précisément les conditions concrètes pour résoudre ce que Lorenzo Feltrin appelle « le problème de la convergence » que le concept d’écosyndicalisme propose d’éclairer.
C’est ce que je vais à présent développer à partir de deux exemples d’alliances écosyndicalistes en cours, autour de la lutte du collectif ex-GKN dans le secteur automobile – qui permet de questionner les réquisits de l’autodéfense face au chantage à l’emploi qui renvoie à la dépendance au marché du travail et des capitaux – et de la lutte des syndicats Snupfen Solidaires et CGT Forêts de l’Office Nationale des Forêts (ONF) dans le secteur du travail forestier – qui permet d’envisager la question de l’articulation entre anthropocentrisme de l’environnementalisme ouvrier et prise en compte de la valeur intrinsèque de la nature.
Pratiques et utopies écosyndicalistes dans les luttes du collectif ex-GKN et de l’ONF
L’écosyndicalisme se caractérise donc par l’alliance autour d’enquêtes et de luttes entre travailleur·euses, syndicalistes, habitant·es et militant·es écologistes permettant de redéfinir les besoins et le travail en les réinscrivant dans les cycles de reproduction des vivants et des écosystèmes. Il n’est pas la conséquence d’une prise de conscience écologiste préalable par les travailleurs·euses, mais de divers chemins qui conduisent à l’écologie depuis l’expérience du travail vivant25 : épreuves de désastres industriels ou climatiques ou de la détérioration de la santé, découverte des attachements à des vivants ou écosystèmes en voie de disparition, confrontation du travail réel face aux prescriptions environnementales bureaucratiques, refus du chantage patronal « l’emploi ou le climat ». Parmi ces chemins, certains partent de luttes pour parvenir, grâce à une construction écosyndicaliste, à ce que j’appelle des utopies écologistes du travail, c’est-à-dire des projets alternatifs à ceux des directions capitalistes écocidaires. Voilà ce qu’il nous faudra faire, nous montrent-elles sur le terrain, dans les prochaines décennies et pour les prochaines générations, afin d’atténuer les catastrophes et contribuer à la restauration d’écosystèmes vivables pour les humains et les non-humains.
Commençons par le collectif ex-GKN et ses alliés. Les ouvrier·es de l’usine de systèmes de transmission automobile GKN Driveline de Campi Bisenzio, près de Florence, sont licenciés le 9 juillet 2021 et décident d’occuper leur usine pour sauvegarder leurs emplois, prenant ainsi la suite d’une longue histoire de réactions syndicales à la désindustrialisation du territoire. Cependant, assez tôt au cours de leur lutte, ils et elles nouent des alliances, avec le mouvement écologiste de la jeunesse à Florence et avec un réseau de chercheur·es solidaires qui contribuent à l’écriture d’un projet de reconversion écologique. C’est ensemble qu’ils et elles portent le projet GKN For Future, coopérative de construction de vélos-cargos et de panneaux photovoltaïque en cours de financement au moyen d’une campagne internationale d’actionnariat populaire. Le collectif a fabriqué avec ses alliés cette utopie pratique de la « fabbrica pubblica e socialmente integrata » au moyen de trois opérations typiques des alliances écosyndicalistes : 1. le décloisonnement de l’usine et son inscription dans l’histoire sociale et écologique du territoire, 2. la co-recherche en vue d’un contre-projet avec les allié·es écologistes et universitaires 3. la politisation de la lutte locale en inscrivant la lutte dans un récit politique plus vaste lié notamment à des pratiques de « convergence culturelle ».
1. L’idée « d’usine publique et socialement intégrée » constitue à mon sens une utopie pratique, liée – comme le formule un texte récent du collectif intitulé « Il futuro (Ir)rompe » (le futur débarque/fait rupture) – à « une vision : la conversion écologique vers une usine socialement intégrée, avec propriété publique du bâtiment et gestion coopérative à actionnariat populaire diffus. » La fabrication de cette utopie a été rendue possible en premier lieu par un décloisonnement de la lutte, dans le prolongement d’un travail militant qui a inscrit le collectif dans un réseau de liens de solidarité avec le territoire. Le journal de lutte Insorgiamo [Soulevons-nous !] y insiste constamment : « l’usine appartient au territoire qui la défend » – un territoire marqué par l’histoire socio-écologique de la désindustrialisation, si bien que la lutte « est aussi et surtout un mouvement pour éviter que l’usine de Campi Bisenzio ne devienne un nouvel écomonstre de notre territoire ». Comme l’exprime Dario Salvetti, un des principaux animateurs du collectif ex-GKN, dans un entretien pour le public français : « […] on a toujours essayé d’être présent dans les conflits qui se sont développés dans la région (conflits syndicaux, sociaux, environnementaux) et cela a payé parce que lorsqu’ils nous ont fermés, évidemment toute la région autour de nous s’est sentie obligée de nous défendre. Aujourd’hui, nous essayons d’unifier ces deux modèles, celui des revendications syndicales et celui de l’usine intégrée, c’est-à-dire d’une usine qui vit en étroite collaboration avec le territoire, par le biais d’une association que nous avons fondée, la société d’entraide des travailleurs Insorgiamo ». Cette construction d’une histoire et d’une relation militante sensible entre travailleur·euses et habitant·es est cruciale pour les alliances écosyndicalistes – c’est aussi ce qui leur permet de se projeter dans le temps long de la reconversion écologique.
« L’usine appartient au territoire qui la défend ». À Campi Bisenzio, la lutte « est aussi et surtout un mouvement pour éviter que l’usine ne devienne un nouvel écomonstre de notre territoire ».
2. L’orientation écologique de la lutte s’est construite au fil des alliances et des rencontres, notamment avec le mouvement Fridays for Future de Florence, composée de jeunes militant·es qui a priori ne partageaient pas de culture politique commune avec les ouvrier·es de la banlieue industrielle paupérisée de Campi Bisenzio. L’utopie écologiste de « l’usine socialement intégrée » n’aurait pas vu le jour sans cette rencontre.Elle a été permise aussi par un travail conjoint avec des universitaires réuni·es dans un groupe de recherche solidaire de GKN avec lesquels les ouvrier·es travaillent à l’écriture d’un « Plan pour l’avenir de l’usine de Florence » :
Il [Le Plan] est né de plusieurs rencontres entre la lutte ouvrière et les réseaux de solidarité : et celles-ci ont permis de constituer un réseau interdisciplinaire de professeurs, chercheurs et chercheuses affiliés à diverses universités italiennes et européennes. […] La collaboration entre savoirs académiques et savoirs ouvriers a donc été renforcée par l’élargissement progressif de la plateforme des alliances et des luttes sur le travail aux mouvements pour la justice climatique.26
C’est sur la base de ces alliances et de cette co-recherche (qui réactualise la tradition de la co-ricerca opéraïste) que la proposition est faite par exemple, dans ce même texte, de « créer dans les universités des groupes de recherche pour la réindustrialisation publique, d’encourager la création de brevets publics, de transformer sur-le-champ GKN en laboratoire social et productif intégré à ce plan. ». On voit comment l’utopie pratique, centrée sur l’usine, la déborde.
3. Le collectif et ses alliés ont également intégré leur lutte dans un récit internationaliste, en s’impliquant dans le formidable mouvement de grèves et blocages de l’automne 2025 en Italie contre le génocide en Palestine, ainsi que dans une ambitieusepolitique de « convergence culturelle » liée à un ensemble de productions artistiques et littéraires : journal de lutte Insorgiamo, film documentaire E tu come stai ?,pièce de théâtre Il Capitale. Un libro che encora non abbiamo letto, et d’autres projets initiés par le groupe solidaires de GKN « Convergenza Culturale » comme le festival de littérature Working class, qui a réuni des milliers de personne dans l’enceinte de l’usine en 2023, 2024 et 202527. L’utopie de l’« usine publique et socialement intégrée » implique ici, comme je l’ai montré à propos de la reconversion écologique et autogestionnaire de Vio.Me28, la transformation du lieu de travail en un carrefour d’initiatives militantes, écologiques et culturelles.
La fabrique écosyndicaliste de l’utopie de « l’usine publique et socialement intégrée » contribue ainsi à redonner de l’horizon à la perspective d’une reconversion écologique par les travailleur·euses pour une révolution écologiste du travail – autogestionnaire et internationaliste.
Envisageons à présent la fabrique écosyndicaliste de l’utopie des « forêts vivantes », telle qu’elle est présentée dans l’Appel pour des forêts vivantes, signée notamment par la fédération syndicale Snupfen Solidaires ainsi que des associations écologistes comme SOS Forêt et le Réseau pour les Alternatives Forestières :
Partout, localement, des résistances sont déjà à l’œuvre. Des alternatives éclosent, des alliances naissent. D’autres imaginaires s’inventent. Ici, on achète des forêts pour les gérer de manière soutenable ou les laisser en libre évolution. Là, on développe des circuits courts de la grume à la poutre. Là-bas, on s’oppose à un projet de méga-scierie. Des associations s’engagent pour faire bouger la loi, des forestiers parviennent à s’extraire de pratiques sylvicoles qu’ils savent nocives pour se tourner vers une sylviculture douce, des habitant·es créent des vigies citoyennes. Des personnels de l’ONF se mettent aussi en grève. Nos luttes sont multiples. Nos actions s’enrichissent mutuellement. Elles font bruisser le monde que nous souhaitons voir advenir. Elles lui donnent corps. Mais ce n’est pas suffisant. Pour gagner, nous devons passer à un cran supérieur, tisser la toile d’un récit commun, constituer un front. Tout porte à croire que c’est maintenant ou jamais. Nos forêts sont à la croisée des chemins.
➤ Lire aussi | Appel pour des forêts vivantes (2021)
Cette utopie s’est construite autour du travail vivant et des savoir-faire des travailleurs forestiers, concentrée dans le modèle de la « sylviculture douce29 » – ou encore, dans le langage du métier, la « sylviculture irrégulière, continue et proche de la nature » (SICPN) – qui consiste à produire du bois tout en respectant la multifonctionnalité de la forêt (fonctions naturelle, culturelle, de production, de protection) et les cycles de reproduction de la nature, afin de développer et de régénérer les forêts et de conserver la faune et la flore. La forêt vivante n’est pas la simple traduction de la sylviculture douce mais une utopie construite en commun à partir d’elle par les syndicalistes, habitant·es et militant·es écologistes.
C’est à partir d’un travail syndical de contestation de l’extractivisme et du productivisme prescrits par l’État dès les années 200030 que la Snupfen décide de s’allier à des associations écologistes pour enquêter sur les transformations en cours de leur activité. Cette alliance permet des formes de mobilisation telles que la Marche pour la Forêt en 2018 et l’Assemblée pour des forêts vivantes lors de la rencontre nationale Résistances sur le plateau du Larzac en 2023 et d’appels tels que le « Manifeste du Tronçais » en 2018 ou l’Appel pour des forêts vivantes du 2 août 2021. Ces coopérations, qui s’élargissent à d’autres organisations syndicales (la CGT Forêt notamment) et associations écologistes, ont été possibles parce que ces dernières ont su s’intéresser à la dégradation des conditions du travail forestier, confronté aux injonctions productivistes de l’État, aux nouveaux risques dus à la mécanisation, l’intensification et l’individualisation du travail en même temps qu’à la détérioration des forêts par le réchauffement climatique31. Autrement dit, c’est autour d’une enquête sur le travail vivant des forestiers et le sens social et écologique de la « sylviculture irrégulière » que l’utopie pratique des forêts vivantes a pu se construire.
C’est autour d’une enquête sur le travail vivant des forestiers et le sens social et écologique de la « sylviculture irrégulière » que l’utopie pratique des forêts vivantes a pu se construire.
Parallèlement, la Snupfen s’est engagée, à partir de 2017, dans un processus de co-recherche avec des chercheur·euses en psychodynamique du travail, permettant une enquête collective sur les difficultés des activités professionnelles et syndicales sous la double contrainte du conflit avec l’État et des effets du réchauffement climatique. Cette coopération a notamment permis aux syndicalistes qui s’y sont engagés d’interroger leurs gestes de métier (par exemple le martelage des arbres à couper, à la main) et de préciser leur contribution à l’enquête sociale, notamment comme l’expliquent trois syndicalistes, par « la redéfinition collective de la doctrine, c’est-à-dire pour les forestiers publics la manière dont s’articulent les missions confiées par l’État à l’ONF : la protection de la forêt et de la biodiversité, la production de bois, la fonction sociale de la forêt, en d’autres termes l’avenir de la forêt publique et la qualité du travail.32 » Ici, le travail vivant renvoie à l’attachement des travailleur·euses à l’égard de leurs gestes de métier33, et la démarche écosyndicaliste s’élabore à partir de l’attachement à la qualité du travail, indissociable d’un certain type de rapport social à la nature, aux écosystèmes et aux vivants. Et l’utopie pratique de la forêt vivante se construit par la démarche écosyndicaliste de co-recherche entre syndicalistes, intervenant·es, habitant·es et militant·es éologistes sur le sens écologique du travail forestier ainsi que sur les besoins des vivants humains et non humains auxquels il doit répondre.
Nouveaux droits démocratiques, planification écologique et écosocialisme
L’écosyndicalisme n’est pas seulement une pratique militante mais aussi une stratégie pour la révolution écologique, qui prend place dans le débat écomarxiste contemporain34 entre l’activisme écologique (faire pression sur l’État à partir des mouvements sociaux – sans rôle particulier des syndicats – pour obtenir une bifurcation écologique rapide, c’est l’option d’Andreas Malm par exemple) et la lutte des classes climatiques (la classe ouvrière a par elle-même les solutions, d’ordre scientifique et technologique principalement, il suffit qu’elle prenne le pouvoir sur les moyens de production, c’est l’option des écomarxistes états-uniens Matt Huber ou de John Bellamy Foster par exemple). L’écosyndicalisme constitue une forme particulière de la troisième option stratégique, l’écosocialisme, au sens de Michael Löwy, qui plaide pour l’alliance entre « les travailleurs et leurs organisations [qui] sont une force essentielle pour toute transformation radicale du système, et pour l’établissement d’une nouvelle société, socialiste et écologique35 » et « les forces qui aujourd’hui se trouvent en première ligne de l’affrontement [qui] sont les jeunes, le femmes, les indigènes, les paysans36 ». Il s’agit donc que des luttes communes permettent aux travailleur·euses et habitant·es de redéfinir ensemble les besoins et le travail en les réinscrivant dans les limites et les forces de la nature. Mais ces luttes écosyndicalistes locales et cette perspective écosocialiste générale doivent conduire aussi à des revendications et propositions politiques plus spécifiques.
➤ Lire aussi | Pour une décroissance écosocialiste・Michael Löwy, Bengi Akbulut, Sabrina Fernandes, Giorgos Kallis (2022)
Un ensemble de revendications syndicales peut être ainsi remis en avant et défendu d’un point de vue écologiste37 : la proposition (partagée aujourd’hui par la CGT et Solidaires) d’une « sécurité sociale professionnelle et écologique »qui garantirait la continuité du salaire, du statut et des droits sociaux et de formation quelle que soit la situation d’emploi des personnes et constituerait donc une sécurité face au chantage et à l’emploi et un soutien pour des reconversions écologiques portée par les travailleur·euses (partie 1) ; un renforcement des droits d’alerte, d’information, de formation et d’intervention des salarié·es dans l’entreprise comme outil d’autodéfense écologique, et de nouveaux droits liés à la mobilité et à l’alimentation au travail (partie 2) ; enfin la conquête de droits de décision des travailleur·euses sur les moyens et les fins du travail dans leur entreprise dans le cadre d’une planification démocratique à l’échelle des filières et des territoires.
L’analyse des expériences syndicalistes montre également le caractère décisif de la revendication de droits garantissant des temps non seulement de formation mais encore d’enquête, de délibération, de co-recherche et de décision démocratique des travailleur·euses. Avec les Ateliers Travail et Démocratie, nous proposons à cet égard une réduction du temps de travail subordonné pour chaque salarié·e, l’élection d’un·e délégué·e au travail réel disposant d’une décharge (par exemple 15h par mois) pour organiser le travail d’enquête, et le droit à un temps collectif de réunion (par exemple une demi-journée par mois) entre pairs, sans les patrons et directions, pour discuter du travail réel et élaborer des propositions38. L’objectif est de réduire le temps du travail de production pour augmenter les temps du travail de formation et de travail démocratique, condition nécessaire pour une transformation écologique du travail, et ce qui constituerait également une mesure immédiate de décroissance de la dépense d’énergie ainsi que de désintensification du travail39.
Réduire le temps du travail de production pour augmenter les temps du travail de formation et de travail démocratique, condition nécessaire pour une transformation écologique du travail.
Ces luttes écosyndicaliste montrent également la voie d’une stratégie de planification écologique et démocratique qui devrait permettre de : 1. redéfinir démocratiquement les besoins (dans des conseils sociaux impliquant les habitant·es à diverses échelles territoriales) ; 2. coordonner la production à l’échelle des filières (dans des conseils économiques impliquant les représentant·es mandaté·es par les travailleur·euses) ; 3. réorganiser démocratiquement le travail (dans des conseils d’entreprise avec un droit souverain des collectifs de travail sur leurs activités de réponse aux besoins)40.
Ces utopies pratiques, ancrées dans le travail vivant productif et reproductif, éclairent l’horizon pour une stratégie de révolution écologique et sociale de longue durée. Il ne s’agit pas d’une fantaisie intellectuelle, mais d’une nécessité objective, liée à des dynamiques sociales et politiques réellement existantes. Le tournant mondial des années 2020, en effet, a vu l’émergence d’un « capitalisme des catastrophes » associant capitalisme vert, relance de l’extractivisme fossile, néofascisme, militarisme environnemental et nouvelles guerres impérialistes41, mais aussi d’un nouveau cycle de révoltes populaires42. En Inde, le plus grand mouvement social de l’histoire de l’humanité, le Kisan Andolan en 2020-2021, a impliqué des millions de paysan·nes et syndicalistes allié·es à des mouvements habitants et ouvriers, mis en échec la réforme néolibérale du gouvernement fasciste de Narendra Modi, et réactualisé la forme-conseils de la révolution avec les « Mahapanchayat », assemblées de milliers et parfois dizaines de milliers de personnes.
Les dynamiques révolutionnaires n’ont pas disparu, mais il manque des stratégies de long terme. Pour les construire, nous avons besoin d’utopies écologistes du travail, qui donnent un autre horizon que l’« adaptation sélective destinée aux passagers de première classe de la Terre43 » du capitalisme des catastrophes et de l’idéologie néofasciste qui en est issu. C’est aussi ce que nous pouvons attendre du développement des pratiques et de la stratégie de l’écosyndicalisme, porteuses d’une énergie révolutionnaire sur le long terme : elles sont en même temps des images d’une société alternative, écosocialiste, et des antidotes, ici et maintenant, contre les poisons de la résignation et du néofascisme.
Image d’ouverture : photo d’archive de la lutte des ouvrier·es de l’usine de systèmes de transmission automobile GKN Driveline de Campi Bisenzio, près de Florence (insorgiamo.org/)
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Notes
- Stefania Barca, Workers of the Earth. Labour, Ecology and Reproduction in the Age of Climate Change, Londres, Pluto Press, 2024 ; Stefania Barca et Emanuele Leonardi, « Ecologie ouvrière et politique syndicale. Une topologie conceptuelle de Tarente (Italie) ».[↩]
- Renaut Bécot, Syndicalisme et environnement en France de 1944 aux années quatre-vingts, Thèse en histoire soutenue à l’EHESS en 2015, p.19. [↩]
- Rappelons qu’il existe en France, depuis 2020, un collectif, L’Alliance Ecologique et Sociale (initialement nommée Plus jamais ça), qui regroupe des syndicats et associations environnementales ; et, depuis 2021, un Réseau éco-syndicaliste qui met en lien des militant·es syndicalistes et écologistes de diverses organisations.[↩]
- On entendra dans ce texte par « travail productif » ou « reproduction sociale » l’ensemble des activités nécessaires au maintien de la vie, qui sont en grande partie non salariées et pour l’essentiel effectuées par des femmes. Ces termes font référence aux apports des théories féministes de la reproduction sociale, de l’écoféminisme et d’un certain marxisme écologique qui a pris en compte leurs apports (par exemple James O’Connor, voir à ce sujet mon article, « Ce que l’écoféminisme fait à l’écosocialisme », Revue Germinal, n°10 [dossier « Vers un socialisme féministe »], 2026).[↩]
- Le « travail de subsistance » renvoie aux activités de reproduction sociale prenant en charge directement le maintien de la vie (par exemple l’agriculture vivrière), défini ainsi par Maria Mies : « La production de subsistance ou production de la vie inclut tout travail servant à la création, à la perpétuation et à l’entretien direct de la Vie sur Terre et qui n’a pas d’autre objectif que lui-même » (Maria Mies, « Towards a Methodology for Feminist Research » cité dans Maria Mies et Veronika Bennholdt-Thomsen, La subsistance. Une perspective féministe, Le Batz, La Lenteur, 2022, p.57-58.[↩]
- Matt Huber, Climate Change as Class War, Building Socialism on a Warming Planet, Londres, Verso, 2022.[↩]
- Lorenzo Feltrin, Workers and the World. Fighting Ecological Crisis from Within, Londres, Verso, 2026, p.36. Les luttes de la communauté font ici référence aux luttes urbaines et rurales liées à un territoire et portées en premier lieu par des habitant·es, considérées comme membres d’une communauté de quartier, de village, etc.[↩]
- Voir notamment à ce sujet Daniel Tanuro, Ecologie, luttes sociales et révolution. Entretien avec Alexis Cukier et Marina Garrisi, Paris, La Dispute, 2024. Par « décroissance écosocialiste », on entend ici le résultat de l’association, qu’on peut faire remonter à André Gorz, entre théorie de la décroissance (avec ses pionniers comme Serge Latouche ou Juan Martinez-Alier) et théorie écosocialiste (avec ses pionniers comme James O’Connor ou Michael Löwy) – au sujet de cette synthèse, voir la préface de Timothée Parrique dans ibid.[↩]
- ATTAC, Travail, climat: même combat!, Paris, Les Liens qui Libèrent, 2025.[↩]
- Stefania Barca, Workers of the Earth, op. cit., p.8, je traduis. Pour une présentation et une discussion de cet ouvrage, voir Alexis Cukier et Sara Marano, « Pour une écologie politique des travailleuses et travailleurs », Critiques, n°930-940, 2025.[↩]
- Voir à ce sujet, pour la France, le récent ouvrage de François Jarrige, Vert de rage. Deux siècles de luttes environnementales en France, Paris, Editions du Détour, 2026.[↩]
- Stefania Barca, « Sur l’écologie de la classe ouvrière : un aperçu historique et transnational », Écologie&Politique, n° 50, 2015, p.29. [↩]
- Stefania Barca, Workers of the Earth, op. cit., p.157.[↩]
- Stefania Barca et Emanuele Leonardi, « Ecologie ouvrière et politique syndicale. Une topologie conceptuelle de Tarente (Italie) », p.172.[↩]
- Voir par exemple Renaud Bécot, « L’environnementalisme ouvrier ou le syndicalisme émancipé du fordisme. Une approche transnationale dans les années 1968 », Cahiers d’histoire du mouvement ouvrier, n°35, 2019, ainsi que l’article sur l’incendie de l’usine de produits chimiques Lubrizol paru initialement dans la revue Z n°13 puis dans Terrestres, « Lubrizol : la catastrophe n’a pas encore eu lieu ».[↩]
- Renaut Bécot, Syndicalisme et environnement en France de 1944 aux années quatre-vingt, op. cit., p.187.[↩]
- Cité dans ibid., p.192.[↩]
- Ibid., p.301.[↩]
- Ibid., p.193.[↩]
- Annie Thébaud-Mony, Politiques assassines et lutte pour la santé au travail. Covid-19, cancers professionnels, accidents industriels, Paris, La Dispute, 2021.[↩]
- Voir Renaud Bécot, Marie Ghis Malfilatre et Anne Marchand (dir.), Dossier « Santé au travail et santé environnementale : une cause commune ? », Sociétés contemporaines, n°121, 2021.[↩]
- Voir notamment les travaux de Charlotte Glinel sur les travailleurs forestiers, de Guillaume Mercoeur sur les zones industrialo-portuaires de Fos-sur-Mer et du Havre, de Nils Hammerli sur la « transition énergétique » dans le raffinage pétrolier – et par exemple leurs articles respectifs dans Alexis Cukier, David Gaborieau et Vincent Gay (dir.), Dossier « Travail et écologie », Les Mondes du Travail, n° 29, 2023.[↩]
- Lorenzo Feltrin, Workers and the World, op. cit., p.4, je traduis.[↩]
- Ibid., p.221, je traduis.[↩]
- Voir Alexis Cukier, « Travail vivant et sens écologique du travail », in Marie-Anne Dujarier, Thomas Coutrot et al. (dir), Travailler fait-il toujours sens ?, Toulouse, Erès, 2026.[↩]
- Je reprends la traduction de l’introduction, « Retour sur le conflit GKN Driveline Firenze », traduit par Élodie Chédikian.[↩]
- Voir à ce sujet Alberto Prunetti, « En Italie, une lutte ouvrière pour le droit au pain et aux roses »[↩]
- Voir Alexis Cukier, « Usines récupérées et autogestion écologique. Vers une alternative au capitalisme vert ? ».[↩]
- À ce sujet, voir la « Charte pour des forêts vivantes » du Réseau pour les Alternatives Forestières.[↩]
- Voir à ce sujet Gaspard d’Allens, Mains basse sur nos forêts, Paris, Seuill / Reporterre, 2019 ; ainsi que le dossier « Forêt : quels futurs ? » de la revue Mouvements.[↩]
- Voir Charlotte Glinel, « Forestiers et écologistes ? L’alliance de forestiers publics et d’associations environnementalistes dans l’action publique»[↩]
- Dominique Dell’Armi, Daniel Pons, Ramuntcho Tellechea, « Apports de la psychodynamique du travail aux militants du Snupfen-Solidaires dans leurs pratiques syndicales à l’Office Nationale des Forêts », Travailler, n°18, 2018, p.109.[↩]
- Voir à ce sujet Stéphane Lelay et Ramuntcho Tellechea, « Contre la destruction néo-managériale des forêts publiques, une coopération symbiotique discrète » et au sujet de l’histoire de la profession, Florent Schepens, Hommes des bois ? Socio anthropologie d’un groupe professionnel, Paris, CTHS, 2007.[↩]
- Au sujet de ces trois options stratégiques, voir l’introduction dans Alexis Cukier et Paul Guillibert, Découvrir le marxisme écologique, Paris, Éditions sociales, 2025.[↩]
- Michael Löwy, Etincelles écosocialistes, Paris, éditions Amsterdam, 2024, p.32.[↩]
- Ibid., p.196. Pour des hypothèses plus précises au sujet d’un scénario impliquant de telles alliances à grande échelle, voir Daniel Tanuro, Ecologie, luttes sociales et révolution, op. cit., p.120 sq.[↩]
- Voir les propositions au fil des trois parties de l’ouvrage auquel j’ai contribué : ATTAC, Travail, climat : même combat !, op.cit.[↩]
- Ateliers Travail et Démocratie, Manifeste pour une démocratie du travail, Paris, La Dispute, 2026.[↩]
- Alexis Cukier, Le travail démocratique, Paris, PUF, 2018, notamment la conclusion.[↩]
- Voir mes arguments dans « Démocratiser le travail dans un processus de révolution écologique et sociale ».[↩]
- Voir mon article dans Contretemps « Guerre impérialiste, militarisme environnemental et stratégie écosocialiste à l’heure du capitalisme des catastrophes ».[↩]
- Voir notamment, dans Terrestres, Alain Bertho, « La Gen Z face à la corruption du monde ».[↩]
- Davis Mike, « Who will build the Ark ? », New Left Review, n°61, 2010, p.38, je traduis. [↩]





